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Faire de la bière avec une source de l’ancienne station thermale de Bussang ? Découvrez pourquoi l’eau de Bussang est si spéciale

Dans A la source, Actualités 7 avril 2019

Bénéficiant autrefois d’une grande notoriété, les eaux minérales de la commune de Bussang tombèrent dans l’oubli dans les années 1980. Un projet d’exploitation, lancé en 2010, pour fabriquer une bière locale est sur le point d’aboutir. Retour sur ces eaux qui furent un temps un prodige contre l’anémie.

De l’eau, de la bière et un peu de crème…

Bussang, petite commune des Vosges et la plus haute de la vallée de la Moselle, connait depuis peu une nouvelle effervescence. L’ancienne station, « connue jusqu’à Paris » au 19e siècle, souhaite redonner vie à son patrimoine thermal.

Une exploitation de l’eau de Bussang pourrait reprendre, mais cette fois pour faire de la bière locale. La municipalité met en effet à disposition l’eau de source du mont Charat à « L’Héritage du Bosso », société en charge de la fabrication de cette bière. On a pu voir une distribution de quelques bouteilles ici et là, cependant, avant de pouvoir véritablement siroter une bière à l’eau de Bussang, il faudra attendre le verdict positif de l’Agence Régionale de Santé. C’est donc une affaire à suivre pour les amateurs de bières…

L’eau de Bussang a déjà fait un (petit) retour sur scène, avec la production d’une crème cosmétique. Vendue au Luxembourg, cette crème de beauté est uniquement produite à partir de l’eau de source du mont Charat.

Un effet purgatif sur des vaches

La véritable richesse de Bussang, ce sont ses eaux minérales. Mais ce n’est pas la source du Mont Charat qui lui a donné une notoriété. En effet, celle-ci n’est qu’une « simple » eau de source. La renommée vient des autres sources, délivrant une eau ferrugineuse, très efficace contre l’anémie.

Selon la légende, des vaches aurait découvert cette eau providentielle, délaissant l’eau de la Moselle au profit d’un maigre ruisseau. Non pas qu’elles fussent plus intelligentes que les autres, c’est plutôt un effet purgatif de la source sur leurs organismes qui aurait été observé…

Bussang égale sans bu : une eau pas comme les autres !

L’eau minérale de Bussang était particulièrement prisée au milieu du 19e siècle. La « Dame aux Camélias », ou plutôt celle qui en fut l’inspiration, Marie Duplessis, s’était vue recommander de l’eau de Bussang par ses deux médecins. Ainsi peut-on lire sur ses prescriptions : « Pour boisson au repas, de l’eau de Bussang coupée avec un 6eme de vin » ou encore « continuer à faire usage aux repas d’eau de Bussang ».

Avec sa très forte teneur en fer, les médecins la recommandent et on la trouve chez tous les bons pharmaciens. Grâce à ses propriétés, l’eau est « reconstituante, souveraine contre l’anémie et les maladies des reins, de la vessie, et la diarrhée infantile » *, à tel point, qu’un quasi slogan publicitaire apparaît en 1898 : « On peut dire que l’eau de Bussang est du sang bu, car les principes qui y sont contenus redonnent la santé et la vie »*.

Plus tard, les affiches publicitaires jouent de cette expression : « Bussang égale sang bu », « Bussang reconstitue les globules de sang », ou encore « Bussang, l’eau de table sans rivale ». En 1909, phénomène rare, on découvre avec des analyses qu’elle est une eau minérale radioactive froide. Affiches et étiquettes de bouteilles reprennent donc fièrement l’information : « cure d’eau radioactive », ainsi que « Bussang, l’eau la plus radioactive de France ».

* G.-M. Debove, E. Gourin, Formulaire de thérapeutique et pharmacologie, Paris, 1898.

Cinq sources pour une eau qui n’a(vait) pas de rivale

L’eau de Bussang est en effet une eau froide, bicarbonatée, ferrugineuse, arsenicale et gazeuse**. A ce titre, il existe cinq sources et on peut donc parler des « eaux » de Bussang :

  • Les sources Petite et Grande Salmade, dite « fontaine d’en bas »
  • La source des Demoiselles, dite « fontaine d’en haut »

La notoriété provient véritablement de ces 3 trois sources, et la Grande Salmade en est le fleuron.

  • La source du mont Charat, captée à la fin du 20e siècle, n’est pas une eau minérale mais une eau de source.
  • La source Marie : captée en 1875, et toujours entretenue aujourd’hui, un kiosque l’abrite. On peut déguster gratuitement cette eau minérale gazeuse, en accès libre. Elle permet de se faire une idée de ce que fut l’eau minérale de Bussang.

**T. Lefebvren C. Raynal, Le thermalisme, un patrimoine à vau-l’eau. L’exemple de Bussang. Revue d’Histoire de la Pharmacie, 2004.

Tout le monde veut Bussang

Les propriétés des eaux de Bussang sont citées pour la première fois en 1615. En 1621, le Duc de Lorraine commande un premier captage. Le sort en est jeté, les dés aussi et rien ne va plus, Bussang sera célèbre. En 1724, en plus d’une exploitation de captage, la source se dote d’un établissement thermal. Dès 1750, Bussang accueille 200 curistes à chaque saison et devient « une ville thermale », parmi les plus réputées de la province. Une prospérité qui dure jusqu’à la Révolution…période où l’exploitation décline. Il faudra attendre le milieu du 19e siècle pour que l’eau de Bussang retrouve une aura.

Elle s’exporte jusqu’à Paris. Cependant, un problème semble apparaitre : elle supporte apparemment très mal le transport. Le temps du trajet vers Paris, le fer en dissolution se retrouve sous forme de dépôt. Mais cela ne suffit pas à freiner l’engouement pour les eaux et Bussang se développe. Le Second Empire offre une seconde jeunesse aux stations thermales, dont l’expansion avait été stoppée net avec la Révolution et les guerres napoléoniennes.  Le chemin de fer amène nombre de touristes et autres voyageurs, venant par curiosité des stations thermales proches, comme Contrexéville. Bussang atteint son apogée entre 1870 et 1920, avec une population de 3000 âmes (aujourd’hui ~1400 habitants).

« L’eau de table sans rivale » disparaît

Au cours du 20e siècle, l’eau de Bussang se retrouve sur les bonnes tables, chez les marchands d’eaux minérales et dans les pharmacies. Elle sert aussi à la fabrication de boissons sans alcool et sodas. Une première guerre mondiale passe par là. Puis une seconde. L’établissement thermal s’en retrouve saccagé. Puis, la préfecture soumet de nouvelles réglementations aux sociétés d’exploitation et des demandes de remise en conformité tombent. Hélas, l’activité thermale se termine en 1958, suite à la perte de l’agrément de la Sécurité Sociale. En ce qui concerne les sociétés d’embouteillages, des suspensions d’autorisation s’enchaînent. Malheureusement, les analyses d’eau repèrent une contamination bactérienne par E. coli. Ainsi, il n’en faudra pas plus pour que l’activité d’embouteillage cesse définitivement en 1983…

Jusqu’à demain ? Surveillez la bière de Bussang, qui pourrait prochainement faire son apparition et rendre honneur au passé glorieux des eaux de Bussang.

©Photo à la une : Par Didier MissonTravail personnel, CC BY-SA 2.5, Lien
©Affiche : 1909, Louis Geisler (illustrateur), domaine public.

 

 

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