Thermes de Saujon : « Comment mieux vivre dans un monde sous tension ? »

En Charente-Maritime, le centre thermal de Saujon a organisé, le 9 octobre, un colloque consacré à la santé mentale intitulé « Comment mieux vivre dans un monde sous tension ? » Plus de 700 personnes se sont réunies autour des intervenants issus des sciences, de la philosophie, de l’art ou de la diplomatie. Retour avec Olivier Dubois, psychiatre et directeur du centre thermal charentais, sur les enseignements de cette rencontre.
À RETENIR
- Un colloque consacré à la santé mentale : le 9 octobre 2026, les Thermes de Saujon ont réuni plus de 700 personnes autour de la question « Comment mieux vivre dans un monde sous tension ? »
- Un mal-être qui touche de nombreux Français : selon le Dr Olivier Dubois, 13 % des Français souffrent d’un trouble mental.
- Des regards croisés sur les crises contemporaines : des intervenants issus des sciences, de la philosophie, de l’art et de la diplomatie ont exploré les répercussions des tensions actuelles sur notre équilibre psychique.
- Le lien social comme facteur de bien-être : les échanges ont souligné l’importance des relations humaines face au stress, à l’anxiété et à l’isolement.
- La cure thermale, une parenthèse pour se ressourcer : aux Thermes de Saujon, les soins, les programmes de gestion du stress et les activités collectives favorisent le lâcher-prise, la déconnexion et le lien social.
Crises climatiques, géopolitiques, sociales ou technologiques… Les tensions contemporaines s’enchevêtrent et pèsent directement sur les équilibres psychiques. À l’échelle individuelle, ce contexte nourrit anxiété, troubles du sommeil, dépression, burn-out et stress chronique.
Crises et santé mentale : le cœur du débat
Inscrit dans le cycle des conférences « La Santé mentale pour tous », le colloque était animé par Philippe Legrand, écrivain et journaliste, directeur de la diversification éditoriale de Paris Match. Sa question centrale « Comment mieux vivre dans un monde sous tension ? » a été abordée à travers quatre regards volontairement éloignés du champ psychiatrique :
- La philosophe Corine Pelluchon, qui a partagé une analyse du rapport entre l’humain et l’environnement, autour de son concept d’existentialisme écologique ;
- L’académicienne des sciences et membre de l’Institut de France Catherine Bréchignac qui s’est exprimée sur l’époque contemporaine, le déficit de pensée critique, les doutes et les angoisses qu’ils peuvent nourrir, à partir notamment de son ouvrage « L’Odyssée de Lucas » ;
- L’artiste et interprète Michelangelo Loconte, connu pour son rôle dans l’opéra rock « Mozart », qui a mené une réflexion sur la voix et le chant comme leviers d’apaisement et de création de lien social ;
- L’ambassadeur de France Laurent Stefanini qui a témoigné sur la gestion du stress et la prise de recul nécessaire dans les situations internationales complexes.
Pour Olivier Dubois, l’objectif de ce colloque était avant tout : « d’approcher un sujet très vaste en croisant des regards différents, pour observer et discuter autant leurs singularités que leurs similitudes ».

Les intervenants du colloque sur la santé mentale « Comment mieux vivre dans un monde sous tension ? » organisé le 9 octobre 2026 par les Thermes de Saujon © Thermes de Saujon
Un mal-être qui touche aussi les curistes
Cette réflexion résonne directement avec la réalité des curistes. En 2025, 10 449 curistes — soit 1,66% de la fréquentation thermale — ont suivi une cure dans l’orientation « affections psychosomatiques », dont 8145 en première orientation et 2304 en seconde orientation.
Parmi eux, certains ont choisi les Thermes de Saujon, à quelques kilomètres de Royan, pour soulager des troubles anxieux, des angoisses, un sommeil perturbé, une éco-anxiété ou encore un burn-out.
Pour en savoir plus sur les pathologies prises en charge et les soins dispensés, consultez notre page dédiée à la cure thermale en affections psychosomatiques.
« Nos curistes sont le reflet d’un mal-être général, explique le Dr Dubois. Ce sont des gens qui souffrent et qui ont besoin de prendre du recul et de faire une pause. À l’échelle nationale, 13% des Français souffrent d’un trouble mental. Ce chiffre n’est pas ordinaire : il dépasse largement le cadre des maladies en général. Il est donc normal de s’interroger : pourquoi la souffrance mentale prend-elle une telle importance aujourd’hui ? »
« Nos curistes sont le reflet d’un mal-être général. Ce sont des gens qui souffrent et qui ont besoin de prendre du recul et de faire une pause. »
Dr Olivier Dubois, psychiatre et directeur des Thermes de Saujon
Recréer du lien, un enseignement central du colloque
Plusieurs thématiques sont revenues tout au long des échanges, notamment l’impact des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.
« Ce qui inquiète, c’est qu’il est désormais impossible de vivre et de faire des activités au quotidien sans avoir recours à Internet. Les gens s’inquiètent aussi sur l’absence de visibilité sur la fin de cette technologie toute-puissante, et sur l’argent qu’elle génère pour les nouveaux privilégiés qui l’imposent au monde entier », résume Olivier Dubois.
À l’échelle individuelle, ces outils de communication peuvent devenir un miroir aux alouettes. « On est hypnotisé par cette technologie, elle nous donne l’illusion de progresser à une vitesse incroyable et de découvrir quantité de sensations. Mais sommes-nous réellement plus heureux ? » s’interroge Olivier Dubois.
Face à ce constat, une solution ressort des discussions : réapprendre à prendre de la distance avec des objets qui, comme le mentionne le psychiatre, « nous épuisent et nous désincarnent ».
Car selon les intervenants, les échanges derrière un écran ne remplacent pas la qualité du lien humain.

Plus de 700 personnes ont assisté au colloque « Comment mieux vivre dans un monde sous tension ? » organisé le 9 octobre 2026 par les Thermes de Saujon © Thermes de Saujon
La cure thermale, une bulle de déconnexion
Pour le directeur des Thermes de Saujon, la cure thermale peut précisément offrir cet espace de pause. « Les bénéfices d’une cure thermale pour les patients avec des troubles psychiques sont portés par le lâcher-prise et ses conséquences sur les processus physiologiques, mais aussi le retour à la déconnexion et au lien social physique, qui rétablit une certaine forme de bien-être », ajoute Olivier Dubois.
Pour recréer ce lien, l’établissement propose douze programmes au sein de l’École thermale du stress (gestion du stress, prévention du burn-out, mécanismes de la dépression…). S’y ajoutent des activités très diverses, comme l’activité physique adaptée, l’hypnose ou l’atelier « voix de confiance » destiné à libérer la voix et à lever les blocages au niveau de la respiration.
« C’est assez extraordinaire de voir comment les curistes évoluent pendant la cure. On peut penser que ces pas vers la reconnexion à l’autre ne sont pas de la médecine. Mais, pour moi, ils font partie des bénéfices de la médecine thermale. »
Dr Olivier Dubois, psychiatre et directeur des Thermes de Saujon
Au-delà des soins, le centre thermal est un espace de ressourcement et de rencontres. « Nos hydrothérapeutes sont formés pour échanger avec les curistes et nous proposons des animations variées autour d’un livre et d’un auteur ou d’une activité. C’est assez extraordinaire de voir comment les curistes évoluent pendant la cure. On peut penser que ces pas vers la reconnexion à l’autre ne sont pas de la médecine. Mais, pour moi, ils font partie des bénéfices de la médecine thermale. Je vois des gens qui se relèvent, qui redémarrent et qui retrouvent espoir », conclut Olivier Dubois.
Sources :
Entretien exclusif avec le Dr Olivier Dubois, le 16 octobre 2026













