Expert du mois : Dr Emmanuelle Mouchon, spécialiste de la rhinite allergique

Par Julie Paysant / Publié le 20 mars 2025 à 13h00

Dr Emmanuelle Mouchon, ORL au CHU de Toulouse et spécialiste de la cure thermale pour la rhinite allergique @ CHU Toulouse

@ CHU Toulouse

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous éclaire sur une cure thermale particulière : quels sont ses bénéfices santé et les soins prodigués ? En mars, c’est le Dr Emmanuelle Mouchon, praticien hospitalier au service ORL et chirurgie cervico-faciale du CHU de Toulouse qui répond à nos questions sur la cure pour la rhinite allergique.

La rhinite allergique se manifeste par une inflammation de la paroi nasale, provoquée par des allergènes présents dans l’air respiré (pollen, poils d’animaux, moisissures, pollution). Une sensation de démangeaison et une irritation des yeux accompagnent souvent ces symptômes. Cette réaction altère la qualité de vie des patients et peut évoluer vers un asthme allergique. Il est donc recommandé de la diagnostiquer précocement pour la traiter. Si elle est répétitive, la rhinite allergique peut faire l’objet d’une cure thermale, dans le cadre de l’orientation thérapeutique Voies respiratoires.

L’Officiel du Thermalisme : Pouvez-vous décrire votre spécialité médicale et votre lien avec le thermalisme ?

Dr Emmanulle Mouchon : L’ORL est une spécialité médico-chirurgicale qui inclut la prise en charge des pathologies otologiques, rhinosinusiennes et laryngées (ndlr : affections des oreilles, du nez, des sinus et du larynx). C’est une spécialité très vaste qui concerne aussi bien les enfants que les personnes âgées et qui couvre tout type de pathologies, dont l’allergie, le cancer, l’infection ou encore les traumatismes.

Concernant la médecine thermale, nous avons encore peu d’étude sur l’otologie et les pathologies laryngées et il y en a un peu plus sur les pathologies rhinosinusiennes concernant donc le nez et les sinus. Des travaux ont été effectués sur les causes allergiques et infectieuses. Je réalise des cours ORL pour la faculté de Toulouse et de Bordeaux et j’ai intégré depuis moins d’une dizaine d’années un module sur « La place de la médecine thermale en ORL ». Pour être plus au fait sur ce sujet, je suis allée au centre thermal de Luchon pour m’informer sur les soins thermaux dispensés dans l’orientation ORL et rencontrer les médecins thermaux.

Dans l’évolution de la maladie ou en échec de thérapeutiques précédentes, nous pouvons éventuellement suggérer à nos patients atteints de rhinite allergique sévère avec jetage postérieur (ndlr : écoulement à l’arrière du nez) invalidant la possibilité de réaliser une cure thermale, surtout dans notre région. Cependant, dans ses recommandations, la SFORL (Société Française d’Oto-Rhino-Laryngologie et de Chirurgie de la Face et du Cou) évoque la médecine thermale, mais avec un manque de travaux prospectifs pour valider l’efficacité. Son intérêt est surtout éducatif.

JE TÉLÉCHARGE LE GUIDE GRATUIT DE LA CURE THERMALE

Comment la rhinite allergique est-elle globalement prise en charge en milieu hospitalier ?

En milieu hospitalier, et dans un premier temps, la prise en charge de la rhinite allergique consiste à mettre en place des mesures d’éviction. Autrement dit, d’éviter le contact avec l’allergène. Sont aussi mis en place des lavages de nez avec des solutions salées isotoniques à grand volume. Si besoin, nous passons sur les thérapeutiques médicamenteuses : les antihistaminiques oraux et les traitements locaux avec des rhinocorticoïdes (spray nasal).

Puis, si le soulagement des symptômes de la rhinite allergique n’est pas probant, nous pouvons mettre en place l’immunothérapie allergénique ou désensibilisation. Cela fonctionne très bien. Notons que nous observons une hausse de la rhinite allergique dans la population avec une symptomatologie qui devient annuelle.

Et en milieu thermal ?

Sur la rhinite allergique, les patients répondent souvent très bien aux thérapeutiques ORL proposés au milieu hospitalier pour soulager leurs symptômes d’obstruction nasale chronique ou de sécrétions nasales permanentes. La médecine thermale est peut-être davantage recommandée aux patients souffrant d’écoulements continus invalidants en échec des thérapeutiques de première intention.

Il y a plusieurs types de soins en ORL : l’inhalation, les aérosols et les irrigations avec la mise en contact de l’eau thermale sur les muqueuses. Ce contact va permettre de drainer mécaniquement les croûtes et les sécrétions épaisses qui stagnent et d’apaiser les muqueuses grâce aux propriétés de l’eau thermale.

Ensuite, il est possible d’avoir recours aux lavages de Proëtz plutôt pour les pathologies sinusiennes. Pendant ce soin, le médecin thermal va nettoyer les cavités sinusiennes. L’eau thermale remplit progressivement toutes les cavités sinusiennes et reste en contact un certain temps avec les muqueuses.

Quels sont les bénéfices de la cure en cas de rhinite allergique ?

Tous mes patients qui ont réalisé une cure thermale ont toujours ressenti des bienfaits. J’ai des patients qui suivent une cure thermale par an et cela leur permet éventuellement de ne pas avoir de traitement au long cours toute l’année. Ils sont stabilisés pendant une année. La symptomatologie réapparait progressivement et ils retournent en cure thermale.

Les bénéfices concernent le plus souvent un écoulement nasal diminué et une amélioration des résistances nasales (diminution de la sensation de nez bouché). Ils évoquent aussi le bénéfice éducatif de la cure et leurs progrès quant à la gestion de leur maladie. Dans la bibliographie, il est noté que les curistes bénéficient d’une amélioration de la clairance mucociliaire (drainage des sécrétions dans le nez) et du flux nasal (passage de l’air dans le nez). On note aussi une baisse de la concentration en Immunoglobulines E (marqueurs de l’inflammation) dans le sang après une application d’eaux soufrées. En ORL et pour les voies respiratoires, nous préférons les eaux sulfurées pour leurs propriétés antibactériennes et antiallergiques.

JE REÇOIS LES ACTUS THERMALES

Que reste-t-il à faire dans le champ de la recherche thermale pour améliorer cette cure thermale ?

Il y a beaucoup de choses à faire, car il y a peu de preuves scientifiques sur la médecine thermale en ORL. Il faudrait réaliser davantage d’études cliniques pour avancer. J’écris actuellement un projet sur l’évaluation des bénéfices d’une cure thermale dans la prise en charge des rhinosinusites chroniques infectieuses. Ce sont des patients qui prennent des antibiotiques par voie générale sur le long cours et la médecine thermale pourrait être une bonne thérapeutique.


Sources : Entretien exclusif avec Emmanuelle Mouchon, le 11 mars 2025

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.