Expert du mois : Dr Jean-Michel Lecerf, spécialiste du surpoids et de l’obésité

Par Julie Paysant / Publié le 19 septembre 2024 à 14h00

Dr Jean-Michel Lecerf

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Chaque mois, un(e) professionnel(le) de santé nous éclaire sur les bénéfices santé, et notamment le service médical rendu d’une cure. En septembre, c’est le Dr Jean-Michel Lecerf, spécialiste du surpoids et de l’obésité qui répond à nos questions.

Endocrinologue et expert des maladies métaboliques, Jean-Michel Lecerf travaille à Lille : à l’hôpital d’une part et au service nutrition de l’Institut Pasteur d’autre part. Expert renommé partageant son travail dans de nombreux ouvrages, il siège dans plusieurs sociétés savantes, comités scientifiques publics et privés. À travers son expérience et son accompagnement auprès du centre thermal de Brides-les-Bains, il nous explique dans quelles mesures la cure thermale est efficace pour lutter contre le surpoids ou l’obésité.

Pouvez-vous décrire votre spécialité médicale ?

Je suis médecin spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques. Je me focalise sur les hormones et le métabolisme. Ceci recouvre notamment le diabète et l’obésité et d’autres maladies influencées par la nutrition. En parallèle de cette activité clinique nécessitant de bonnes connaissances et une bonne écoute, je mène des travaux de recherche en nutrition à l’Institut Pasteur de Lille. Nous réalisons des études épidémiologiques sur des populations pour comprendre les déterminants de leur état de santé. Aussi, nous réalisons des études évaluant l’influence des modes alimentaires et des compléments alimentaires sur la santé.

JE REÇOIS LES ACTUS THERMALES

Comment la surcharge pondérale est-elle globalement prise en charge lors d’une cure thermale ?

Les symptômes du surpoids et de l’obésité sont des symptômes généraux comme l’essoufflement, les perturbations du sommeil, ou encore des problèmes ostéoarticulaires. On peut aussi retrouver chez ces patients des pathologies métaboliques et vasculaires comme un diabète de type 2 et/ou une hypertension artérielle. Ces symptômes sont des conséquences du surpoids ou de l’obésité qui représentent finalement une gêne, voire un handicap au quotidien. Pour la prise en charge thérapeutique en cure thermale affections digestives et maladies métaboliques, il y a un programme de soins standards de trois semaines définis par l’Assurance maladie. Cependant, il y a des modulations mises en place par le médecin thermal. Il peut demander plus de soins thermaux en fonction du profil du curiste ou réduire certains types de soins si le patient présente des contre-indications. Si le curiste souffre de problèmes articulaires, il peut aussi se voir proposer des soins supplémentaires relatifs à une cure thermale rhumatologie. Enfin, il peut y avoir un parcours éducatif supplémentaire (ateliers cuisine, cours d’activité physique adaptée) ou des consultations additionnels auprès d’un(e) diététicien(ne) ou d’un(e) psychologue.

Quel est le Service Médical Rendu d’une telle cure thermale ?

La prise en charge consiste à essayer d’inverser les courbes évolutives de la maladie, car si rien n’est fait les symptômes s’aggravent. Une série d’actions est mise en place, non pas pour guérir la pathologie, mais pour soulager le patient. L’idée est de perdre un peu de poids grâce aux soins thermaux (bains, douches, massages, boues), à l’éducation thérapeutique et à l’activité physique adaptée. Souvent les attentes sont supérieures aux résultats. Les curistes perdent en moyenne 1 à 2 kilogrammes par semaine. L’objectif avant tout est de commencer une démarche de prise de conscience sur les différents facteurs qu’il faut modifier dans sa vie pour empêcher l’aggravation de la maladie. Il est prouvé que lorsque les individus suivent une cure thermale chaque année, ils ont plus de chance de ne plus prendre de poids et même de perdre du poids. Dans le contexte de la cure thermale, notons aussi l’importance des bénéfices psychologiques. Les curistes s’accordent du temps pour eux et ils sont davantage motivés grâce à leur encadrement par des professionnels de santé et leurs conversations avec d’autres curistes présentant la même pathologie.

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Que reste-t-il à faire dans le champ de la recherche thermale pour envisager une amélioration de la prise en charge des curistes ?

Nous pouvons continuer à mener des études pour comparer la perte de poids des individus en cure thermale versus ceux qui ne sont pas en cure. Il est aussi important de poursuivre les investigations sur l’évaluation de l’influence de l’eau thermale sur l’inflammation ou sur le microbiote intestinal (ensemble des microorganismes présents dans le tube digestif). Autre étude à mener : mesurer l’efficacité et l’importance individuelle des différents activités et soins (éducation thérapeutique, régime alimentaire, soins thermaux, suivi psychologique, cure boisson) proposés en cure thermale. Cette étude permettrait de cibler les facteurs essentiels et de développer éventuellement de nouveaux protocoles avec une potentielle amélioration du service médical rendu. Nous savons que la cure thermale est un « tout » mais ce serait intéressant de savoir quels sont les activités et soins à prioriser en fonction du profil du curiste. Pour mieux orienter les cures thermales, nous devons aussi mieux comprendre pourquoi elles sont peu efficaces ou inefficaces chez certaines personnes (non répondeurs). Effectivement, si le thermalisme veut continuer à exister et à se développer, il faut poursuivre les études scientifiques !


Sources : 

Entretien exclusif avec Jean-Michel Lecerf, le 27 août 2024

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