Expert du mois : Dr Julien Scanzi, spécialiste du microbiote intestinal

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous éclaire sur une cure thermale particulière : quels sont ses bénéfices santé et les soins prodigués ? En février, c’est le Dr Julien Scanzi, gastro-entérologue et spécialiste du microbiote intestinal qui nous parle de la cure thermale pour l’intestin irritable.
Le syndrome de l’intestin irritable, nommé également colopathie fonctionnelle, est la première indication de la cure en affections digestives. Ce trouble fonctionnel qui impacte fortement le quotidien est très fréquent puisqu’il concerne jusqu’à 10 % de la population générale.
L’Officiel du Thermalisme : Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?
Dr Julien Scanzi : Je suis gastro-entérologue à l’hôpital de Thiers et au CHU de Clermont-Ferrand. Je m’intéresse tout particulièrement au microbiote intestinal et j’essaie de sensibiliser le grand public sur le rôle au quotidien de ce microbiote sur la santé. J’écris des livres sur le sujet (ndlr : Incroyable microbiote ! : Voyage au cœur des étonnants pouvoirs de l’intestin aux éditions Leduc par exemple) et je suis présent sur les réseaux sociaux pour partager et vulgariser mes connaissances.
Mon activité professionnelle en lien avec le thermalisme est l’animation de conférences sur le microbiote intestinal auprès des curistes des thermes de Châtel-Guyon, nommés également Aïga Resort thermal. C’est un centre thermal qui se veut référent sur les maladies digestives et sur le microbiote intestinal. J’ai donc proposé de faire des conférences sur cette thématique.
Comment définir le syndrome de l’intestin irritable (SII) ?
C’est l’association de douleurs abdominales et de troubles du transit intestinal (constipation et/ou alternance de diarrhées et constipation) qui surviennent par crises, sans qu’on ne trouve d’anomalies sur les différents examens (prises de sang, échographie, coloscopie…). Ce SII touche en France 5 à 10 % de la population dont les deux tiers sont des femmes. Avec les troubles du transit et les douleurs abdominales, on retrouve également souvent des ballonnements. Chez certains patients, plusieurs crises par mois sont observées alors que chez d’autres les symptômes peuvent être quotidiens.
Retenons que le SII est un syndrome assez hétérogène avec une grande variabilité en termes de type de symptômes, de fréquence et d’intensité. Ce trouble fonctionnel chronique est d’évolution bénigne, autrement dit il ne va pas évoluer vers des formes graves ou des maladies comme le cancer colorectal. Cependant, il altère considérablement la qualité de vie des patients qui en souffrent. Il a un impact sur la vie personnelle et professionnelle, sur la santé mentale et sur la vie sociale des patients.
Comment le SII est-il globalement pris en charge lors d’une cure thermale ?
La prise en charge du syndrome de l’intestin irritable en cure thermale dépend de l’établissement thermal en question. Ce qui est propre à la cure thermale, c’est la réalisation de soins avec de l’eau thermale ayant des propriétés physico-chimiques intéressantes pour certains troubles. Les soins peuvent varier d’une cure à une autre. Cependant, on retrouve systématiquement des soins externes axés sur le ventre et le suivi d’une cure de boisson.
Aussi, à Châtel-Guyon il est proposé l’entéroclyse qui consiste à instiller, par voie intrarectale, de l’eau thermale. L’eau sera ainsi au contact direct du tube digestif. La cure thermale est également un moment privilégié pendant lequel le curiste peut avoir accès à des conseils diététiques, des conférences et des ateliers sur la thématique de l’alimentation et du fonctionnement du système digestif.
Quel est le Service Médical Rendu d’une telle cure thermale ?
C’est très compliqué de répondre, puisqu’à l’heure actuelle nous manquons de preuves scientifiques sur l’efficacité des cures thermales sur des maladies digestives comme le SII. Une étude devrait prochainement débuter à Châtel-Guyon. Son objectif est d’évaluer les bienfaits de cette cure thermale et notamment l’efficacité sur les symptômes, mais aussi en termes d’amélioration du microbiote intestinal. Le frein à la réalisation de ce genre d’étude est malheureusement financier, l’étude envisagée chez une soixantaine de patients coûterait environ 100 000 euros.
Quelles sont les pistes de recherche pour améliorer cette cure spécifique ?
Nous devons mesurer les effets de la cure thermale sur le microbiote et sur les symptômes du SII. Nous pouvons aussi nous interroger sur les catégories de patients qui bénéficient davantage des bienfaits de la cure thermale, sur le rôle des propriétés physico-chimiques de l’eau thermale ou sur les soins qui seraient les plus efficaces. Il y a encore énormément de questions intéressantes qui sont sans réponse pour l’instant. Les études sont chronophages et coûteuses, mais aussi complexifiées par le fait que les patients souffrant du SII ont chacun des symptômes très spécifiques.
Mais les connaissances autour du microbiote évoluant très vite, il se peut que dans les prochaines années une analyse de microbiote permette d’optimiser les conseils diététiques et les soins aux patients souffrant de ce genre de troubles digestifs, ce qui serait une avancée majeure.
Source : entretien exclusif avec Julien Scanzi, le 5 février 2025













