Travailler et aider un proche : de la pression professionnelle aux vertus de la cure thermale

Travailler et aider un proche au quotidien représente un véritable défi pour des millions de Français. Entre charge mentale, fatigue émotionnelle et difficultés à concilier vie professionnelle et responsabilités d’aidant, les risques d’épuisement sont bien réels. Face à cette pression croissante, des solutions existent pour soutenir les aidants et leur offrir un temps de répit, dont certaines encore méconnues comme la cure thermale.
Être aidant familial n’est pas un rôle simple. Qu’il s’agisse d’un parent dépendant, d’un conjoint ou d’un enfant handicapé, le quotidien est souvent rythmé par une multitude de responsabilités, allant de la gestion des soins médicaux à l’assistance dans les tâches ménagères. Cette lourde charge n’est pas sans conséquences : elle impacte la santé mentale, physique et sociale des aidants, et pèse également sur leur vie professionnelle.
D’après le baromètre « Aider & Travailler 2023 », la proportion de salariés aidants pourrait atteindre 25 % d’ici 2030, ce qui souligne l’urgence d’une meilleure prise en compte de leur bien-être. Comment travailler et aider un proche sans s’épuiser ? Quels sont les impacts concrets sur l’emploi et la qualité de vie ? Et quelles solutions existent pour accompagner les proches aidants dans cette double vie souvent invisible ? Décryptage.
Un équilibre fragile entre travail, aidance et bien-être
La France compte entre 8 et 11 millions d’aidants, dont une part croissante exerce une activité professionnelle en parallèle. Pour analyser le phénomène, Interfacia, spécialiste du management de l’aidance en entreprise, a réalisé pour la troisième fois un baromètre « Aider & Travailler », en partenariat avec Tilia (start-up dédiée aux aidants), le Groupe VYV (acteur mutualiste de santé et de protection sociale), l’ANPP (Association Nationale des Pôles Territoriaux et des Pays) et Le Lab RH (association pour la transformation numérique des entreprises).
Cette enquête vise à cartographier et mesurer l’impact de l’aidance pour les employeurs et les employés. Entre avril et juin 2023, plus de 500 personnes – aidants actifs, anciens aidants, managers, collègues et, pour la première fois, responsables RH – ont répondu à une centaine de questions portant sur leur quotidien.
Travailler et aider un proche : un défi quotidien pour de nombreux salariés
Les chiffres du baromètre 2023 montrent une répartition relativement équilibrée entre les femmes et les hommes chez les actifs aidants, avec une légère prédominance féminine (52 %). Toutefois, lorsqu’on se penche sur la situation des aidants hors du monde du travail, un écart se dessine. Parmi les aidants sans emploi, les femmes représentent une majorité de 64 %. Une disparité qui met en lumière un défi majeur auquel doivent faire face les aidants : concilier vie professionnelle et responsabilités d’aidant.
En effet, 26 % des aidants optent pour un travail à temps partiel, une décision souvent dictée par la contrainte et non par le choix, comme le révèle l’enquête. De plus, un tiers d’entre eux témoignent avoir été obligés de quitter leur emploi à cause de leur rôle d’aidant. Une situation d’autant plus critique que près de la moitié rencontrent des difficultés à retrouver un poste.
Un manque de reconnaissance encore trop marqué en entreprise
Même s’ils ne restent pas silencieux au sein de leur environnement professionnel, les aidants peinent encore à obtenir une réelle reconnaissance. Le baromètre montre ainsi que trois quarts des aidants ont discuté de leur situation avec des collègues ou des supérieurs, pour chercher à trouver un équilibre entre travail et aidance. Pourtant, 66 % estiment que leur statut d’aidant pèse défavorablement sur leur travail.
Ce chiffre mérite toutefois d’être nuancé : certains aidants évoquent une perception plus positive de leur situation, notamment grâce au télétravail et à la mise en place de dispositifs d’accompagnement plus adaptés, qui facilitent l’équilibre entre vie professionnelle et rôle d’aidant.
Quelles solutions de répit pour les aidants actifs ?
Travailler et aider un proche n’est pas de tout repos. Heureusement, diverses solutions ont émergé pour accorder un répit à ceux qui prennent soin d’un proche en situation de dépendance. Ces dispositifs s’inscrivent dans une approche holistique visant à mieux équilibrer travail, responsabilités familiales et bien-être personnel.
Le droit au répit, une réponse encadrée par la loi
Le droit au répit pour les proches aidants a été instauré par la loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement. Il concerne les personnes qui accompagnent au quotidien des proches âgés, malades ou dépendants : un conjoint (marié ou pacsé), un parent (fils et filles, nièces et neveux, cousins…), un voisin, un ami, ou toute personne vivant sous le même toit que la personne aidée.
Des solutions variées pour soulager les aidants
Plusieurs dispositifs existent pour offrir un répit aux aidants familiaux face aux exigences liées à l’accompagnement d’un proche dépendant. Ces solutions peuvent être ponctuelles ou prolongées, à domicile ou en établissement.
Les solutions extérieures au domicile
Des structures médico-sociales proposent un accueil de jour ou de nuit, adapté à différents profils de patients. Elles permettent aux aidants de souffler, pour une demi-journée, une journée complète, voire pendant la nuit. En cas d’urgence, certaines admissions peuvent se faire sans notification préalable.
Les hébergements temporaires
Les aidants peuvent solliciter un hébergement temporaire pour leur proche dans des établissements médico-sociaux tels que :
- IME (instituts médico-éducatifs) ;
- FAM (foyers d’accueil médicalisés) ;
- hôpitaux ;
- Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).
Une notification de la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées) est généralement requise, sauf en situation urgente.
Les familles d’accueil et maisons de répit
Ces structures, souvent médicalisées, offrent un environnement sécurisé pour les proches en situation de handicap ou malades.
Les solutions de soutien à domicile
Pour ceux qui souhaitent maintenir leur proche à la maison, plusieurs services existent :
- Le baluchonnage, qui consiste à faire appel à un professionnel formé (le « baluchonneur ») pour remplacer l’aidant sur plusieurs jours et nuits, en assurant une continuité de soins au domicile.
- Le répit à domicile, qui permet de bénéficier d’une aide ponctuelle sur place.
- L’aide nocturne, qui prend le relais durant la nuit.
Des vacances adaptées
Pour les aidants souhaitant partir en vacances en toute sérénité, il existe des séjours adaptés. Plusieurs organismes comme l’ANCV (Agence Nationale pour les Chèques-Vacances), l’UFCV (Union Parisienne des Colonies de Vacances) ou la CAF mettent en place des programmes permettant aux aidants de se reposer tout en s’assurant que leur proche est bien accompagné.
Comment et où faire une demande ?
Tout proche aidant peut solliciter ces solutions de répit. Pour ce faire, il est recommandé de se rapprocher des plateformes d’accompagnement, de la Maison départementale pour les personnes handicapées (MDPH) locale, des Centres communaux d’action sociale (CCAS), du Centre local d’information et de coordination gérontologique (Clic) ou de consulter les annuaires spécialisés pour plus d’informations.
La cure thermale : un soutien aux aidants
De par leur expertise en santé et dans le traitement des maladies chroniques, les centres thermaux peuvent accompagner les aidants avec des prises en charge adaptées. Certains établissements proposent ainsi des cures thermales spécifiquement conçues pour les aidants. Citons notamment :
- Le programme « Répit de l’aidant » aux Thermes de Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire), décliné en mini-cure de 1 à 6 jours.
- Le séjour Prévention Santé « Aide aux Aidants » aux Thermes de Néris-les-Bains (Allier).
- Le stage « Le répit des aidants » aux Thermes de Saujon (Charente-Maritime), disponible en cure libre de 5 jours ou en complément d’une cure thermale conventionnée de trois semaines dans l’orientation thérapeutique Affections psychosomatiques.

Le centre thermal de Bourbon-Lancy propose une mini-cure « Répit de l’aidant ».
Ces séjours offrent non seulement une pause physique et mentale, mais aussi un soutien psychologique et l’opportunité d’échanger avec d’autres aidants, de partager des expériences et de bénéficier de conseils pratiques. Le cadre apaisant des stations thermales, allié aux soins spécifiques, permet aux aidants de se ressourcer, de réduire leur stress et de repartir avec une énergie renouvelée pour affronter leur quotidien.
À noter que l’Assurance maladie ne prend pas en charge ces différents programmes, à la différence d’une cure thermale conventionnée prescrite par un médecin généraliste ou spécialiste.
Sources :
- Baromètre aider & travailler 2023, Inclusion professionnelle des aidants et management de l’aidance, Interfacia, septembre 2023
- Les solutions de répit pour les aidants, monparcourshandicap.gouv.fr
















2 commentaires
Bonjour, je me reconnais complètement dans votre article car j’ai perdu mon travail dans la fonction publique (ex-cadre A) après avoir accueilli Maman chez moi (86 ans-maladie neurodégénérative).
J’ai d’abord, dans les premiers jours, demandé à mon BRH quelles étaient les solutions administratives possibles pour une absence, le temps de trouver une place en « accueil de jour ». Je n’ai reçu aucune réponse !
J’ai même demandé si un congé sans solde était envisageable, pas de réponse non plus, me laissant en absence non justifiée « forcée ». Télétravail refusé bien sûr ! ( C’était avant le COViD….).
Puis, après avoir réussi à trouver un accueil de jour de 3 jours/semaine, ( ce qui a pris au moins 2 mois), j’ai repris mon travail a mi-temps, pour pouvoir coller avec les horaires de l’AJ.
Mais au travail ce n’était plus pareil. On m’a changé de bureau pour un espace partagé, on ne m’a plus confié de dossiers importants.
Puis , financièrement, c’est devenu rapidement difficile avec mon loyer. Je n’obtenais pas de mutation dans le département où se situait ma maison de famille, j’ai rapidement perdu pied.
Aucune aide psychologique, que des réprimandes de mon supérieur.
Je n’ai pas pu faire autrement que de quitter mon travail par voie de radiation des cadres pour pouvoir continuer à m’occuper de ma mère dans notre maison. Je me suis retrouvée au chômage à 58 ans!
Et l’année d’après, mais trop tard pour moi, hélas, était adopté le congé proche aidant!
Bonjour,
C’est sympa de proposer des cures aux aidants , par contre vous ne proposez pas de personnel pour les personnes handicapées qui viennent en cure donc , si j’ai bien compris ils doivent être accompagné d’un aidant , qui doit alors aussi payer son séjour ;(((
Pas simple