Près de 40 000 signatures, courriers d’élus, rassemblement devant les thermes : la mobilisation grandit contre le transfert du remboursement des cures vers les complémentaires santé

Par Julie Paysant / Publié le 23 octobre 2026 à 18h00

Image d'illustration pour mobilisation contre déremboursement cure thermale

Prises de parole dans les médias locaux et nationaux, courriers à destination de la ministre de la Santé et du Premier Ministre, pétition en ligne, rassemblements devant les établissements thermaux : curistes, élus et professionnels de la filière sont vent debout contre le projet de transfert des dépenses de cures thermales vers les complémentaires santé. Décryptage.

À RETENIR

  • Le projet : dans le cadre du PLFSS 2027, le Gouvernement envisage de transférer le financement des cures thermales de l’Assurance Maladie vers les complémentaires santé.
  • Un risque de reste à charge accru pour les curistes : la prise en charge des cures par les mutuelles ne serait pas automatique et dépendrait des garanties souscrites.
  • Une opposition des élus : parlementaires, maires de communes thermales et Régions de France demandent la suspension du projet dans l’attente des conclusions de l’évaluation scientifique menée par la Haute Autorité de santé (HAS).
  • Une mobilisation de toute la filière : professionnels du thermalisme, directeurs d’établissements et curistes multiplient les prises de parole, rassemblements et pétitions pour défendre le remboursement des cures thermales.
  • Prochaine étape au Sénat : après le rejet du PLFSS 2027 à l’Assemblée nationale, les débats doivent s’ouvrir au Sénat le 9 novembre, avec un vote prévu le 18 novembre.

Depuis l’annonce de la ministre de la Santé, le 8 octobre, la contestation n’a cessé de s’élargir. La filière a réagi la première : le Conseil national des établissements thermaux (CNETh) dès le 9 octobre, puis les directeurs d’établissement dans la presse régionale et sur les réseaux sociaux. Les élus ont suivi, avec deux courriers adressés à Stéphanie Rist le 10 octobre, puis au Premier ministre Sébastien Lecornu le 19 octobre, et la prise de position de Régions de France le 12 octobre. Les curistes et les habitants des villes thermales se sont ensuite mobilisés.

La plupart de ces prises de position convergent vers une même demande : ne pas modifier le remboursement des cures avant les conclusions de l’évaluation engagée par la Haute Autorité de santé (HAS) en février 2026.

Ce que le transfert impliquerait

Le Gouvernement considère que les complémentaires santé pourraient prendre le relais du remboursement des cures thermales. Dans les faits, cette prise en charge ne serait toutefois pas automatique.

Comme le souligne le rapport Charges et produits 2027 de l’Assurance Maladie : « En 2023, 96,6 % de la population bénéficie d’une assurance complémentaire. Les contrats dits “responsables” représentent 96,5 % des cotisations versées en 2024, ils couvrent notamment l’intégralité de la participation de l’assuré sur les tarifs de prise en charge par l’assurance maladie obligatoire pour l’ensemble des dépenses de santé, sauf pour les frais de cure thermale, d’homéopathie et les médicaments dont le service médical rendu a été classé faible ou modéré pour lesquels la prise en charge est optionnelle ».

Le risque, selon les élus et la filière, est un creusement des inégalités : la prise en charge des cures dépendrait alors des garanties souscrites par chaque assuré, alors que les contrats responsables excluent aujourd’hui les soins thermaux de leurs prestations obligatoires.

Sollicitée par la rédaction, la direction de la communication de la Mutualité Française précise : « À ce stade, les modalités concrètes de la mesure annoncée par la ministre n’étant pas précisées, il nous semble prématuré de nous prononcer sur ses conséquences pour les adhérents, les garanties proposées par les mutuelles ou l’évolution des cotisations ».

Elle ajoute : « Tout transfert de dépenses vers les complémentaires santé doit être apprécié au regard de ses conséquences sur le financement de notre système de santé, la solidarité entre les assurés et l’accès aux soins. Il est notamment essentiel de veiller à ce que de telles mesures ne se traduisent pas par un reste à charge accru pour les patients ».

Pour connaître les règles et les conditions actuelles de prise en charge, consultez notre dossier pratique sur le remboursement d’une cure thermale en 2027.

Les élus montent au créneau

Le projet de transfert du financement des cures thermales vers les complémentaires santé provoque une levée de boucliers transpartisane.

Dans deux courriers adressés à la ministre de la Santé puis au Premier ministre, des députés, sénateurs et élus locaux demandent la suspension de la mesure jusqu’à l’achèvement de l’évaluation scientifique engagée par la Haute Autorité de santé (HAS).

Courrier à l’attention de la ministre de la Santé, Mme Rist

Le 10 octobre, Denis Fégné, député SOC (Socialistes et apparentés) des Hautes-Pyrénées et président du groupe d’études Thermalisme de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Boyer (LR), sénateur du Puy-de-Dôme, et Julien Dubois (Horizons), président du Grand Dax et de l’Association nationale des maires de communes thermales (ANMCT), ont écrit à Stéphanie Rist pour exprimer leur « profond mécontentement ».

Ils reprochent au ministère d’avoir communiqué cette orientation « par voie de presse », sans concertation préalable avec les parlementaires, les patients, les professionnels, ni les collectivités concernées. Ils s’opposent au projet de décret visant à transférer aux organismes complémentaires le financement aujourd’hui assuré par l’Assurance Maladie. La lettre souligne enfin : « Sur le fond, le thermalisme ne peut être réduit à une dépense qu’il suffirait de transférer d’un financeur à un autre ».

Courrier à l’attention du Premier ministre, M. Lecornu

Neuf jours plus tard, Denis Fégné et une quinzaine de parlementaires, dont Laurent Alexandre (LFI), Nicolas Bonnet (ECOS), Nicolas Ray (DR), David Taupiac (LIOT) et Christine Pirès-Beaune (SOC), ont adressé une seconde lettre au Premier ministre Sébastien Lecornu. Ils demandent explicitement de « suspendre ce projet de décret » dans l’attente des conclusions de la HAS.

La contestation n’est pas seulement budgétaire, elle porte aussi sur la méthode. Les signataires rappellent que la HAS a été saisie en février 2026 pour évaluer le service médical rendu par les cures thermales, et que ces travaux sont encore au stade du cadrage. « Demander une expertise scientifique, c’est accepter d’en attendre les résultats », écrivent les députés au Premier ministre. Selon eux, annoncer une refonte du financement avant la fin de cette évaluation revient à préempter le débat scientifique et démocratique.

Les parlementaires contestent une lecture comptable du dossier : à leurs yeux, une baisse de l’accès aux cures pourrait se traduire par une prise accrue de médicaments et des consultations et soins ultérieurs plus fréquents. Sans compter les répercussions économiques sur les territoires qui devront affronter une fragilisation du secteur.

Les deux lettres, restées à ce jour sans réponse, aboutissent à la même demande : ne pas mettre en œuvre le transfert avant la publication des conclusions définitives de la HAS, maintenir en attendant les conditions actuelles de prise en charge et recevoir une délégation réunissant parlementaires, élus locaux, patients, professionnels de santé et représentants de la filière.

La voix des Régions de France

Les régions montent également au créneau de leur côté. Le 12 octobre, Régions de France, l’association qui fait office de porte-parole collectif des régions françaises auprès de l’État et des institutions européennes, a publié un communiqué dénonçant une « annonce sans méthode » et une « erreur stratégique médicale, budgétaire et sociale ».

L’association demande que toute décision attende les conclusions de l’évaluation de la HAS. Elle rappelle que les cures thermales concernent 471 000 patients par an, sur prescription médicale, et représentent un levier économique majeur pour de nombreux territoires, notamment ruraux. Elle appelle les parlementaires à rejeter le transfert de 200 millions d’euros vers les complémentaires santé.

Julien Dubois, président de l’Association nationale des maires de communes thermales (ANMCT)

Julien Dubois, maire de Dax (Horizons), a porté la voix des maires des communes thermales ce 9 octobre sur BFM Business, dans l’émission 18h ECO. Il rappelle que « 88 stations thermales se sont structurées autour de cette activité, non pas avec l’argent de la sécurité sociale mais avec les à-côtés de l’activité thermale. Ces réformes sont une fausse bonne idée : aucune économie pour la Sécurité sociale ne sera faite, car les gens vont consommer plus de médicaments et de consultations médicales », a-t-il déclaré.

Avant d’ajouter : « Il y aurait une incongruité à déclencher une évaluation par la HAS et de décider du sort de la filière thermale sans en attendre les conclusions. Nous demandons, à minima, d’attendre les conclusions de cette étude de la HAS qui va prendre plusieurs années, et de nous mettre autour de la table pour regarder tous les paramètres ».

« Ces réformes sont une fausse bonne idée : aucune économie pour la Sécurité sociale ne sera faite, car les gens vont consommer plus de médicaments et de consultations médicales. »

Julien Dubois, maire de Dax et président de l’Association nationale des maires de communes thermales

La filière et les territoires se mobilisent

La mobilisation ne se limite pas aux élus. Les représentants de la filière thermale, les directeurs d’établissements et les curistes multiplient les prises de parole et les initiatives pour dénoncer ce projet de transfert et défendre le maintien du remboursement des cures thermales par l’Assurance Maladie.

Le Conseil National des Établissements Thermaux (CNETh)

Le CNETh a publié un communiqué de presse ce 9 octobre précisant que « derrière le mot “transfert”, c’est un déremboursement qui ne dit pas son nom ». L’organisation demande au gouvernement de retirer la mesure. Elle rappelle que l’Assemblée avait rejeté l’an dernier, par 167 voix contre 24, un amendement de déremboursement partiel. Elle souligne une contradiction majeure de ce PLFSS 2027 : afficher des priorités de prévention, d’autonomie des personnes âgées et d’accompagnement des malades chroniques, tout en fragilisant une offre de soins qui y contribue.

Les directeurs d’établissement s’expriment dans la presse et sur les réseaux sociaux

Les dirigeants de centres thermaux ont également réagi fermement, dans la presse et sur le réseau professionnel LinkedIn, à cette menace de transfert.

Ce 14 octobre, dans les colonnes de Midi Libre, Paul-François Houvion, directeur des Thermes de Balaruc-les-Bains, premier centre thermal de France en termes de fréquentation, s’est insurgé : « C’est sournois et ce n’est pas l’engagement pris. (…) C’est du foutage de gueule ».

La Ville de Balaruc-les-Bains a appelé à un rassemblement ce vendredi 23 octobre à 11h : 600 personnes, selon les organisateurs, se sont réunies devant les Thermes, pour défendre le remboursement des cures thermales par l’Assurance Maladie. Le rassemblement s’est poursuivi par une conférence de presse, en présence notamment des maires et élus locaux, de députés et sénateurs, de responsables de la Région Occitanie, et du Professeur Christian Hérisson, Président de la Société Française de Médecine Thermale (SFMTh).

Ce 14 octobre, dans La Dépêche, Marie-Hélène Blanque, directrice des Grands Thermes de Bagnères-de-Bigorre, a rappelé qu’elle comptait sur le vote des députés contre le projet de la ministre de la Santé.

Ce 23 octobre, Nathalie Dangoumau, directrice générale du groupe thermal Cœur Thermal, a publié sur LinkedIn un post intitulé « Réaction de la profession » : « L’implication exemplaire de la filière thermale mérite le respect des échéances scientifiques, pas une sanction budgétaire anticipée ». Elle rappelle notamment que « la profession a joué le jeu sans hésiter. Lorsque la ministre de la Santé a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) et que Cédric Carbonneil a sollicité la filière au printemps, nous avons répondu massivement à cette première enquête nationale sur les pratiques. Les professionnels sur le terrain (médecins, curistes, équipes soignantes) se sont mobilisés en fournissant des contributions de très grande qualité et extrêmement détaillées pour dresser la cartographie la plus précise ». Elle conclut : « Cette décision politique et budgétaire est perçue par l’ensemble de la profession comme injuste, contradictoire et prématurée ».

« L’implication exemplaire de la filière thermale mérite le respect des échéances scientifiques, pas une sanction budgétaire anticipée. »

Nathalie Dangoumau, directrice générale du groupe Cœur Thermal

La pétition « Non au déremboursement des cures thermales » dépasse les 39 000 signatures

Autre action majeure : Marie Costa, maire d’Amélie-les-Bains et présidente de la Fédération thermale d’Occitanie, a lancé une pétition intitulée « Non au déremboursement des cures thermales » sur le site change.org.

Ouverte à tous les citoyens, cette pétition a déjà recueilli plus de 39 800 signatures ce 23 octobre.

Le dossier se joue désormais au Sénat. Le rejet de la partie « recettes » du PLFSS 2027 à l’Assemblée nationale a empêché l’examen des amendements visant à maintenir les conditions actuelles de remboursement des cures thermales. Le texte transmis au Sénat repart donc de la version gouvernementale, sans intégrer les « garde-fous » demandés par les parlementaires. La discussion s’ouvrira au Sénat le 9 novembre, pour un vote solennel prévu le 18 novembre. En parallèle, la mobilisation des citoyens, des élus et des professionnels de la filière se poursuit.

Dans le cadre de sa série éditoriale consacrée au PLFSS 2027, la rédaction de L’Officiel du Thermalisme continuera de suivre les différentes étapes du parcours parlementaire jusqu’au vote final.


Sources :

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