Expert du mois : Pr Christian Hérisson, Président de la Société Française de Médecine Thermale, nous parle de l’avenir de cette médecine

Chaque mois, une personnalité du monde médical partage son expertise sur une orientation thermale particulière ou sur l’actualité de la médecine thermale. En juillet, le Professeur Christian Hérisson, enseignant émérite en Médecine Physique et de Réadaptation à l’Université de Montpellier, Président de la Fédération Thermale et Climatique Française (FTCF) et président de la Société Française de Médecine Thermale (SFMTH) nous éclaire sur les défis actuels du thermalisme.
L’Officiel du Thermalisme : Quelle sont les missions de la Société Française de Médecine Thermale (SFMTh) ?
Christian Hérisson : Comme toute société savante, elle a pour objectif de faire progresser l’état des connaissances dans un domaine spécifique, ici la médecine thermale.
C’est aussi l’interface scientifique entre le monde thermal et les autres sociétés scientifiques comme la Société de rhumatologie ou celle de dermatologie, par exemple. La Société Française de Médecine Thermale est l’une des plus anciennes sociétés médicales, elle a été créée en 1853. Elle s’appelait d’ailleurs, jusqu’en 2012, la Société Française d’Hydrologie et de Climatologie Médicale.
Pourquoi ce changement de nom ?
Aujourd’hui, l’évolution a fait que la climatologie médicale est un peu moins étudiée. Cependant, nous savons que l’environnement climatique (le climat, la pureté de l’air, l’ensoleillement, la géographie et la topographie des lieux, la couverture végétale et forestière) est extrêmement important. Dans la cure thermale, il y a la notion d’un séjour, en règle générale de trois semaines, durant lequel le curiste bénéficie à la fois des soins thermaux et de l’environnement climatique du territoire de la station thermale. Dans le choix du lieu de cure, il est important de prendre aussi en compte les dimensions environnementales et climatiques de la station.
Quels vous semblent être, à court et moyen terme, les enjeux prioritaires sur lesquels la SFMTh doit travailler ?
Les enjeux les plus importants sont la formation et la recherche dans le domaine de la médecine thermale.
Concernant la formation, il nous faut à la fois renforcer celle des médecins traitants qui sont prescripteurs de cures, et celle des médecins thermaux.
En 2022 a été créé le Collège des Enseignants en Médecine Thermale (C.E.M.Th.), une structure associative qui réunit les universitaires des facultés impliquées dans l’enseignement de la médecine thermale (Montpellier, Nancy, Toulouse, Bordeaux via l’Institut de Dax, et Clermont-Ferrand). Nous nous sommes beaucoup investis pour redynamiser la formation des médecins thermaux, en créant notamment le diplôme inter-universitaire (DIU) de Pratique Médicale en Station Thermale. Grâce à cette démarche, nous avons réussi à augmenter très significativement le nombre de médecins formés, avec une cinquantaine de nouveaux diplômés par an, permettant de compenser les départs à la retraite.
Le deuxième chantier en matière d’enseignement, et sur lequel nous travaillons actuellement, est de former tout médecin sortant des facultés de médecine à une connaissance minimale de la thérapeutique thermale. Ceci est particulièrement important pour les futurs médecins généralistes. De même, les Collèges de spécialité comme le Collège de Rhumatologie devrait pouvoir participer à ces formations. Pour être des prescripteurs avertis, il est indispensable d’avoir bénéficié de connaissances appropriées en médecine thermale.
La recherche en médecine thermale est aussi un pilier et un ciment. Elle sert à démontrer le Service Médical Rendu (SMR) des cures thermales et elle reste à la base des enseignements. Les connaissances ne peuvent être diffusées que si elles ont été attestées par des travaux de recherche. Dans ce domaine, je voudrais souligner les rôles complémentaires de la SFMTh et de l’AFRETh (Association Française pour la Recherche Thermale, ndlr).
Enfin, la SFMTh s’investit aussi dans les bonnes pratiques dans le domaine de la médecine thermale, comme les règles et les modalités du suivi médical de la cure, ou encore des démarches d’Éducation à la Santé ou d’ETP en milieu thermal.
La Haute Autorité de Santé (HAS) évalue actuellement le SMR des cures thermales. Pouvez-vous préciser les objectifs de cette démarche ?
Les enjeux de cette démarche, c’est la pérennisation d’une cure thermale médicale prise en charge, telle qu’elle est aujourd’hui, par l’Assurance maladie. C’est une actualité dont nous mesurons bien évidemment l’importance.
Le thermalisme social, mis en place à partir de 1946, défend le fait que tout assuré atteint d’une maladie chronique doit pouvoir bénéficier de la prise en charge d’une cure thermale si son état de santé le justifie. Aujourd’hui, le défi, c’est d’arriver à la fois à définir les bons profils de patients, et d’anticiper ce que la cure thermale peut leur apporter comme réponse en termes de SMR.
La cure thermale est très difficile à évaluer, ce n’est pas comparable à l’évaluation d’un médicament. Il est nécessaire de l’évaluer à différents niveaux et j’identifie quatre cibles :
- Est-ce que les soins thermaux modifient la maladie en elle-même ?
- Est-ce que la cure va agir sur les conséquences de la maladie comme les douleurs et l’amélioration de la fonctionnalité ?
- Dans quelles mesures la qualité de vie du patient est-elle améliorée par la cure thermale ?
- Enfin, sur la dimension économique et les coûts évités : est-ce que, par exemple, pour un patient qui est atteint d’une pathologie rhumatismale, le fait de faire une cure va permettre de moins consommer d’antalgiques et/ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et de recourir moins fréquemment à des séances de kinésithérapie ?
Comment accueillez-vous cette évaluation ?
Il faut considérer cette évaluation de la HAS comme une opportunité pour aller plus loin dans la médicalisation de la prise en charge des cures pour les patients.
Ce que j’entends par là, c’est que nous devons mettre en place une plus grande personnalisation dans la démarche de la prescription de la cure thermale. Demain, il faudra mieux connaître le profil du patient pour justifier la cure et en parallèle, savoir pourquoi nous l’envoyons vers telle station thermale spécifique. L’enjeu est donc la personnalisation consistant à envoyer le bon patient, dans la bonne station, au bon moment, et pour la bonne indication.
Le thermalisme est aujourd’hui à un tournant. Comment anticipez-vous la prise en charge thermale de demain ?
Le patient vient à la station souvent de façon volontaire parce qu’il veut se consacrer à sa santé, et il va retirer un mieux-être de l’ensemble des soins thermaux qu’il réalise dans le cadre d’une cure thermale conventionnée. Grâce à l’amélioration perçue, il va être beaucoup plus réceptif à des démarches de santé au sens large.
Mon credo, c’est de promouvoir ce que l’on appelle la créno-réadaptation dans le cadre des cures thermales. Il faut savoir profiter du mieux-être apporté par les soins thermaux, pour initier des démarches de santé que vous connaissez autant que moi ! C’est bouger, essayer de maîtriser son poids, prendre soin de son sommeil et supprimer les toxiques tels que le tabac et l’alcool. L’intérêt du cadre thermal est donc de permettre la mise en place de démarches d’éducation à la santé, de prévention, de réhabilitation, voire de réadaptation fonctionnelle.
Nous devons démontrer que toutes ces démarches d’éducation à la santé sont particulièrement intéressantes en milieu thermal : les soins thermaux constituant un peu des « boosters » permettant la mise en place de ces approches novatrices.
Source : Entretien exclusif avec Christian Hérisson, le 25 juin 2026












