Rachat des thermes de Challes-les-Eaux : et après ?

Faute d’activité, le centre thermal de Challes-les-Eaux a fermé ses portes en février 2023 à la suite de la décision de son propriétaire, la Chaîne Thermale du Soleil. Après deux ans de négociations entre les collectivités et le premier groupe thermal de l’Hexagone, les thermes ont enfin été rachetés à la mi-juin 2025 par l’Établissement public foncier local (EPFL) de la Savoie. Éclairage avec Josette Rémy, maire de Challes-les-Eaux.
Après la fermeture des thermes de Challes-les-Eaux, la Ville a mandaté l’EPFL pour échanger sur l’avenir du site. Comme le souligne Philippe Pourchet, directeur général de l’EPFL dans les colonnes de l’Essor Savoyard : « On a fait une proposition d’acquisition à la Chaîne Thermale du Soleil qui ne leur a pas convenu, car ils considéraient, à tort, que le parc pouvait être classé pour faire du logement. » Le parc était vendu à 11 millions d’euros et le bâtiment à 4 millions.
« Ce projet était non conforme à la vocation du site. La volonté de la commune n’est pas de faire de l’urbanisation logement sur ce secteur. Nous souhaitions garder le poumon vert et par conséquent ne pas construire. Les arbres, squares et cheminements du parc seront conservés », précise Josette Rémy.
Deux ans d’âpres discussions
Pendant deux ans, chacun campe sur ses positions dans le cadre de plusieurs recours contentieux. Pour débloquer la situation, Émilie Bonnivard, députée de la 3e circonscription de Savoie, fait appel à la Fédération française du thermalisme. Elle réalise en parallèle un amendement en loi de finances « pour dire qu’on devrait avoir une vision plus juste de ce que font les opérateurs sur les territoires quand ils ferment leurs sites ».
Après deux réunions de négociations, la Chaîne Thermale du Soleil abandonne ses recours au tribunal administratif et accepte de vendre les thermes de Challes-les-Eaux à l’EPFL, bâtiment et parc compris représentant notamment un foncier de 5 hectares dans la ville.
« C’est une très bonne nouvelle, car nous n’avons rien lâché depuis deux ans, pour obtenir enfin un règlement de ce dossier à l’amiable, dans l’unique intérêt de faire revivre ce site et surtout, d’éviter qu’il soit la victime d’un contentieux sans limites, qui aurait abouti à la dégradation du bâtiment et à l’abandon de ce joyau, dont le parc, qui est pour moi l’identité de Challes-les-Eaux. Je resterai aux côtés de la Commune avec la Région et le Département pour travailler à l’avenir », indique Émilie Bonnivard dans un communiqué de presse.
Peu de chances pour un avenir thermal
Pour l’établissement savoyard jouxtant Chambéry, et accueillant précédemment les curistes pour les affections voies respiratoires et gynécologie, l’avenir semble s’éclaircir. Cependant, comme nous le rappelle Josette Remy, le devenir du bâtiment et du parc de Challes-les-Eaux ne sera pas forcément synonyme de thermalisme.
En effet, si la Chaîne Thermale du Soleil n’a pas su conserver l’activité thermale en dépit des investissements et innovations réalisés pendant une dizaine d’années, il est difficile d’envisager qu’un repreneur le pourrait.
« En 2018, la Chaîne Thermale du Soleil avait engagé des actions pour obtenir l’orientation rhumatologie. Cependant, leurs investigations au niveau du forage ont entrainé la production d’une eau thermale non stable compte tenu de la présence de gaz, et notamment de méthane. Je pense donc que si quelqu’un avait pu tirer la quintessence du site au niveau thermal, c’était bien la Chaîne Thermale du soleil », explique la maire de la station thermale de Challes-les-Eaux.
En outre, plusieurs facteurs compromettent la réouverture des thermes, avec en premier lieu une baisse de fréquentation notable ces dix dernières années. En effet, la Chaîne Thermale du Soleil indiquait une fréquentation des thermes à 542 curistes en 2022 contre 1732 en 2012.
Autre élément défavorable : la proximité géographique d’autres établissements thermaux, comme Allevard-les-Bains proposant les orientations rhumatologie et voies respiratoires et la station thermale d’Aix-les-Bains dont les deux centres accueillent les curistes pour les orientations rhumatologie, phlébologie, voies respiratoires et affections des muqueuses buccolinguales.
Quelles sont les prochaines étapes ?
« Ma conviction est que c’est compliqué pour une commune de gérer les thermes et racheter le foncier en parallèle. Le travail de la collectivité est désormais de trouver de nouveaux porteurs de projets qui ne mettront pas en péril les finances de la commune. Nous ne comptons pas garder en propre le bâtiment, nécessitant par ailleurs des rénovations. Il n’est pas non plus question d’exploiter en régie. En revanche, il faudra définir un nouveau projet lié au sanitaire, aux enseignements ou au tourisme. Ces vocations sont d’ailleurs autorisées par les documents d’urbanisme », rappelle Josette Rémy.
Avant d’ajouter : « Le but est de rouvrir le bâtiment. Si c’est un plateau technique sanitaire, ce serait super ! On peut imaginer aussi des bâtiments ou des activités bien-être. Cependant avec une eau soufrée, le bien-être apparait compliqué à mettre en œuvre. À mon avis, nous devons pérenniser une activité de soins et une activité d’hébergement dans un parc citadin de qualité. À cet instant, nous n’avons pas une solution, mais des orientations à définir et à concerter avec la population. Nous allons commencer à travailler sur ces hypothèses avec des prestataires. Pour autant, nous travaillons aussi dans l’objectif de laisser à la prochaine municipalité le choix de son projet ».
Pour Madame la Maire, le bien-vivre de demain ouvre les portes à une nouvelle médecine orientée sur la guérison, mais laissant la part belle à la prévention. Une opportunité dont Challes-les-Eaux devra se saisir !
Sources :
- Entretien exclusif avec Angélina Dhermand, collaboratrice parlementaire d’Émilie Bonnivard, le 25 juillet 2025
- Entretien exclusif avec Josette Remy, le 9 août 2025













