Expert du mois : le Dr Benoît Tallot lance une étude inédite sur les effets d’une atmosphère de mine de sel chez les patients asthmatiques

Par Julie Paysant / Publié le 22 janvier 2026 à 16h00

Le Docteur Benoît Tallot lance une étude inédite sur les effets d’une atmosphère de mine de sel sur l'asthme

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous informe en détail sur une cure thermale particulière ou un projet de recherche innovant. En janvier, le docteur Benoît Tallot, médecin spécialiste et cadre en recherche et développement dans un laboratoire pharmaceutique, nous présente une étude inédite : mesurer les effets d’une atmosphère de mine de sel sur des patients souffrant d’asthme.

L’asthme se caractérise par une inflammation permanente des bronches avec des manifestations par des crises respiratoires. On compte ainsi environ trois millions d’asthmatiques en France et parmi eux, 10 % des enfants scolarisés. Lors d’une cure thermale dédiée aux voies respiratoires, les soins ont pour objectif de réduire l’inflammation chronique et de soulager les difficultés respiratoires.

Mais est-ce qu’une atmosphère chargée en sel de gemme (sel extrait de la roche) pourrait apporter des bénéfices supplémentaires aux personnes souffrant d’asthme ? Pour répondre à cette question, une étude sera menée d’ici la fin de l’année 2026, ou début 2027, par le Docteur Benoît Tallot, en collaboration avec la ville de Varangéville (département de Meurthe-et-Moselle) représentée par Agnès Branchu (conseillère municipale en charge de la finance, de la vie économique, de l’attractivité et du tourisme) et Christopher Varin (maire de Varangéville).

L’Officiel du Thermalisme : Comment définir l’halothérapie et la spéléothérapie ?

Dr Benoît Tallot : L’halothérapie consiste à placer une personne dans une ambiance salée, dans une grotte de sel artificielle. La spéléothérapie, quant à elle, repose sur l’exposition du patient aux conditions naturelles d’une mine de sel. Il s’agit d’un environnement spécifique avec des conditions précises d’hygrométrie, de pression et de concentration en sel dans l’air.

Allez-vous reproduire les conditions de la mine de sel de Varangéville (halothérapie) ou installer les volontaires de l’étude au sein même de la mine (spéléothérapie) ?

Au début de l’élaboration du protocole, nous avions envisagé de construire une grotte de sel artificielle avec le sel de la mine. Et reproduire les mêmes conditions de température, d’hygrométrie et de concentration de sel en suspension dans l’air. Cette option était privilégiée, car l’accès à la mine était très contraignant (accès par un seul ascenseur limité en termes de charge). Cependant, parallèlement, la direction de la mine et son propriétaire ont investi dans un projet de descenderie : un tunnel en colimaçon permettant le passage de véhicules et de passagers. À partir de ce moment, nous avons mis de côté le projet halothérapie pour nous concentrer sur la spéléothérapie.

Nous réfléchissons à la constitution du groupe comparateur. Selon moi, il serait pertinent d’apparier trois ou quatre patients de la population générale à chaque patient suivant le protocole en mine. Ces appariements seraient guidés par l’âge, le sexe et les données de l’exploration fonctionnelle respiratoire. Cela permettra de comparer l’évolution de leurs paramètres respiratoires. Revoir le projet initial de l’halothérapie vers la spéléothérapie me semblait, d’un point de vue médical, beaucoup plus intéressant.

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Comment prendra forme cette expérimentation clinique ?

L’objectif est d’évaluer l’amélioration des fonctions respiratoires chez des patients asthmatiques stabilisés, mais insuffisamment équilibrés par les traitements conventionnels. Pour garantir une marge de sécurité, il faut constituer un groupe expérimental d’une centaine de patients et le groupe comparateur de 400 patients. Pendant les trois semaines de durée d’étude, les participants du groupe expérimental bénéficieront de trois séances de spéléothérapie par semaine, chacune d’une demi-journée.

Pour approfondir l’étude, plusieurs sous-groupes seront constitués : un groupe sans aucune activité physique, un groupe avec une activité physique soutenue (séance de vélo par exemple) et un dernier groupe suivant une activité physique légère, de type activité ménagère. Trois bilans seront réalisés pour chaque patient : un bilan à l’entrée, un bilan au bout de trois semaines et un bilan à six mois. L’idée est de savoir si les bénéfices obtenus dans les suites immédiates de la cure sont maintenus dans le temps. Nous réaliserons des tests spirométriques (VEMS pour volume expiré maximum seconde, CVF pour capacité vitale forcée) afin de mesurer les effets de la spéléothérapie sur les fonctions respiratoires.

Des études sur ce même sujet ont été réalisées en Pologne et en Roumanie. Quels bienfaits ont-elles mis en avant ?

En Roumanie et Pologne, la visite de la mine est devenue un objectif touristique. À une époque, elles ont été utilisées à des fins thérapeutiques pour améliorer les paramètres respiratoires, notamment pour les personnes asthmatiques et celles présentant des bronchites chroniques. Ils ont aussi réalisé des essais chez les sportifs. Tous les critères mesurés vont dans le même sens et tendent vers une amélioration des fonctions respiratoires.

Cependant, parfois les résultats ne sont pas significatifs d’un point de vue statistique, ce qui traduit, à mon sens, un manque de puissance des essais. Quand on compile toutes les données, 95 % des études vont vers une tendance à l’amélioration ou une amélioration. En Roumanie, la mine est un véritable lieu de vie avec une église, des terrains de sport, de tennis, des bars, des restaurants. Idem en Pologne. Les accès aux mines sont facilités, parfois à flanc de montagne.

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Quel est l’effet du sel sur le système respiratoire ?

L’action du sel est double. Tout d’abord, il exerce un effet direct sur les sécrétions bronchiques en les fluidifiant. Le sel pénètre profondément dans les bronches et attire l’eau contenue dans les liquides extracellulaires et intracellulaires. Cet apport hydrique va rendre les sécrétions plus fluides, et le patient va expectorer plus facilement.

Le second effet concerne les antigènes. Le sel va dénaturer certains allergènes biologiques, réduisant leur pouvoir irritant. Donc ces séances, au fond de la mine, dans une ambiance dépourvue d’allergènes, vont mettre au repos le système immunitaire du patient. Selon moi, c’est cette deuxième action du sel qui peut maintenir l’effet à long terme et soutenir une amélioration durable des symptômes. Respirer dans l’atmosphère de la mine permet de rompre un cercle vicieux et amener le patient à avoir des pauses en mettant son système immunitaire ponctuellement au repos, un système de défense de l’organisme qui, en temps normal, est surexcité par l’agression permanente des antigènes.


Source : entretien exclusif avec Benoît Tallot, le 20 janvier 2026

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