Expert du mois : Pr Hubert Blain, gériatre au CHU de Montpellier et responsable d’une étude sur la prise en charge thermale de la prévention des chutes

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous informe en détail sur une cure thermale particulière. En décembre, le Professeur Hubert Blain, spécialiste en gériatrie, nous présente l’intérêt de la prévention des chutes en établissement thermal.
Chef du Pôle de Gérontologie du CHU de Montpellier, coordonnateur du DES (diplôme d’études spécialisées) de Gériatrie pour la région Occitanie et responsable du groupe « Prévention des chutes et des fractures » au sein de la SFGG (Société française de Gériatrie et Gérontologie), le Pr Hubert Blain a dirigé récemment une étude d’envergure évaluant l’impact de la prise en charge thermale sur la prévention des chutes. Revenons avec lui sur les conclusions de cette étude menée dans les trois établissements thermaux occitans de Balaruc-les-Bains, Bagnères-de-Bigorre et Amélie-les-Bains.
L’Officiel du Thermalisme : Quels sont les chiffres connus sur les risques de chute ?
Pr Hubert Blain : Le risque de chute augmente nettement avec l’âge : 30 % des Français de plus de 65 ans sont concernés chaque année et ce chiffre atteint 50 % après 80 ans. En France, on recense environ 2 millions de chutes annuelles chez les personnes âgées de 65 ans et plus. Elles entraînent plus de 130 000 hospitalisations et 12 000 décès par an. C’est l’une des principales causes, avec les troubles cognitifs, de l’admission en EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).
L’impact économique est majeur : cela représente 1,5 milliard d’euros pour la seule Assurance Maladie, sans inclure les coûts d’hébergement en EHPAD et les allocations personnalisées d’autonomie. En 2022, le Gouvernement a inauguré un plan national et triennal, le « Plan antichute des personnes âgées », qui vise à de réduire de 20 % les décès et les hospitalisations liés aux chutes.
Que faire pour limiter les risques de chute ?
En règle générale, pour prévenir le risque de chute, il est conseillé de consulter régulièrement l’ophtalmologiste et le podologue, d’éviter tous les médicaments sédatifs (médicaments induisant le sommeil) et de discuter avec son médecin d’une éventuelle supplémentation en vitamine D. Autres points importants : maintenir une alimentation équilibrée et dépister une éventuelle ostéoporose.
Au domicile, il est conseillé d’aménager les espaces pour limiter les risques. Pour les risques de chute faible, la recommandation principale est de mettre en place de l’activité physique adaptée (APA) pour retrouver équilibre, souplesse et assurance dans les déplacements. Si le risque de chute est considéré comme élevé, un bilan médical complet est nécessaire. Il peut être réalisé par le médecin traitant, ou dans le cadre d’une consultation gériatrique.
Comment reconnaitre et prendre en charge une personne à haut risque de chute ?
Un patient est à haut risque dans le cas de chutes multiples (plus de 2 chutes dans la dernière année), lorsqu’il n’a pas réussi à se relever après une chute ou si la chute s’est accompagnée d’un malaise ou d’une perte de connaissance. La fragilité constitue aussi un signal d’alerte : perte d’autonomie, perte de force musculaire, réduction d’activité physique, perte de poids, fatigue et difficulté de marche. Un bilan médical complet est alors indispensable.
Dans le cadre de cette évaluation des risques de chutes et de recommandations de prise en charge, nous avons mis en place le Centre régional Équilibre et Prévention de la chute à Montpellier. Un médecin spécialisé dans les troubles de l’équilibre y réalise une évaluation approfondie. Selon les besoins, des analyses complémentaires sont réalisées : bilan sanguin, bilan d’imagerie, consultations et examens médicaux (avec neurologue notamment) et paramédicaux, dépistages de troubles visuels ou de pathologies ORL. Un compte rendu est remis au patient et au médecin avec des mesures personnalisées à mettre en place pour améliorer l’équilibre et prévenir les chutes.
Si vous souhaitez davantage d’informations sur la prévention et la prise en charge des chutes chez les personnes âgées, les recommandations sont référencées dans le document intitulé « Synthèse en langue française des recommandations mondiales 2022 pour la prise en charge et la prévention des chutes chez les personnes âgées », publié notamment dans la revue « Gériatrie et psychologie & neuropsychiatrie du vieillissement ».
Pouvez-vous décrire les résultats obtenus dans le cadre de votre étude sur la prévention des chutes en établissement thermal ?
Nous avons inclus 223 volontaires âgés de plus de 65 ans présentant un risque modéré ou élevé de chute. Ces personnes étaient tombées au moins une fois dans la dernière année, avaient une vitesse de marche lente, ou présentaient des troubles de l’équilibre ou encore une force musculaire faible. Deux groupes ont été constitués : le groupe témoin bénéficiant d’une cure de balnéothérapie classique et un groupe intervention suivant la même cure, accompagnée de séances d’activité physique adaptée (APA) et d’éducation thérapeutique.
À l’issue des trois semaines de cure thermale, nous avons observé, dans le groupe témoin, une amélioration de la vitesse de marche et de la force musculaire des membres inférieurs et supérieurs. Cependant pour l’amélioration de l’équilibre, les résultats n’étaient pas probants. Pour le deuxième groupe, les résultats sont meilleurs, avec augmentation de la vitesse de marche et de la force musculaire, mais aussi amélioration de l’équilibre. En parallèle, les patients de ce groupe intervention ont vu leur peur de tomber diminuer. Ces résultats suggèrent l’intérêt d’évaluer le risque de chute chez les patients âgés orientés par leur médecin généraliste vers un programme de cure thermale conventionnée.
Quelles sont les suites qui seront données à cette étude ?
Les centres thermaux pourraient devenir des lieux privilégiés pour le dépistage du risque de chute et la mise en place de mesures adaptées. De plus, comme le dépistage de risque de chute est complexe, nous avons créé une application, APP-CHUTES, téléchargeable sous Android. Un questionnaire permet d’évaluer le risque de chute et de délivrer des conseils personnalisés. Si vous êtes à risque, le mieux est en effet d’avoir un avis gériatrique.
À terme, l’objectif, avec cette application, est de dépister à plus grande échelle le risque de chute. Les curistes à risque devraient se voir proposer, en plus du programme de balnéothérapie, des exercices spécifiques de prévention des chutes ainsi qu’un programme d’éducation thérapeutique avec des informations ciblées. Ce programme permettrait d’améliorer l’équilibre et de réduire l’anxiété générée par la peur de tomber. Ces travaux s’inscrivent avant tout dans notre volonté d’arriver à structurer tout un pilier de prévention des chutes en France.
Sources :
- Entretien exclusif avec Hubert Blain, le 9 décembre 2025
- Effects on Physical Functioning and Fear of Falling of a 3-Week Balneotherapy Program Alone or Associated with a Physical Activity and Educational Program in Older Adult Fallers: À Randomized-Controlled Trial, Clin Interv Aging, le 9 décembre 2025














Un commentaire
Bonjour,
Mon conmpagnon 89 ans, en bonne forme a de gros problèmes d’équilibre et fait de plus en plus de chutes sans perte de connaissance. Heureusement, rien de cassé en dehors de cotes fêlées. Nous habitons prés de Montpellier et souhaiterions qu’il puisse consulter le Professeur Blain très compétent dans ce domaine. Il est cependant très difficile d’obtenir un RdV car il est très sollicité. Que pouvons nous faire ?