Expert du mois : Pr Philippe Perrin, médecin au CHRU de Nancy et responsable d’une étude sur la prise en charge en balnéothérapie de la rupture du ligament croisé antérieur du genou

Par Julie Paysant / Publié le 16 avril 2026 à 13h00

Pr Philippe Perrin CHRU de Nancy

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous éclaire sur une cure thermale particulière ou sur une étude clinique. En avril, le professeur Philippe Perrin, responsable du laboratoire d’analyse de la posture, de l’équilibration et de la motricité (LAPEM) au CHRU de Nancy revient sur les bénéfices du thermalisme dans le cadre d’une rééducation après une opération du ligament croisé antérieur (LCA) du genou.

La rupture du LCA est l’une des blessures les plus fréquentes dans la pratique sportive, avec près de 32 000 cas recensés en France chaque année. Ce sont souvent des jeunes patients et des sportifs qui sont concernés. Les activités physiques et sportives les plus à risque sont celles impliquant des contraintes de rotation des membres inférieurs, comme le football, le rugby, le handball, le basketball, le volleyball et surtout le ski. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire : elle consiste à reconstruire le LCA par arthroscopie, à l’aide d’un greffon.

Réalisée en 2017 au centre thermal de Nancy, dans le cadre de la thèse d’université de Laetitia Peultier-Celli, cette étude visait à comparer l’efficacité d’une rééducation fonctionnelle classique (recommandations de la Haute Autorité de Santé) à celle intégrant un protocole innovant en balnéothérapie.

Comment s’est déroulée l’étude ?

L’étude a concerné 67 patients sportifs, professionnels ou amateurs, ayant été opéré du LCA. Le protocole intégrait un groupe bénéficiant d’une rééducation conventionnelle à sec (traitement traditionnel) et un groupe suivant un programme combinant une rééducation à sec sur une courte période (nécessaire pendant la phase de cicatrisation) et une balnéothérapie. Chaque patient était dirigé vers l’un ou l’autre groupe par tirage au sort et chaque groupe a suivi trois semaines de traitement. Après cette période, et sur une période de six mois après l’intervention chirurgicale, les deux groupes ont poursuivi leur rééducation par un protocole conventionnel, à sec. La durée totale de prise en charge était identique pour les deux groupes.

Pendant toute la durée de l’étude, plusieurs paramètres cliniques ont été évalués : le contrôle postural, la force musculaire, l’amplitude articulaire, la performance de marche, le mouvement dans les différents plans de l’espace et la proprioception (capacité du corps à percevoir sa propre position dans l’espace, sans recourir à la vision). La douleur, la qualité de vie et les délais de reprise des activités quotidiennes, professionnelles et sportives ont également été mesurés.

La récupération de l’équilibre est essentielle après une lésion de LCA. Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne l’équilibre ?

L’équilibre dépend de l’intégration d’informations sensorielles qui proviennent de l’oreille interne, de la vision et de la somesthésie, c’est-à-dire de la sensibilité du corps comprenant la proprioception (informations musculo-tendino-articulaires) et l’extéroception (cutanées plantaires). Toutes ces informations convergent vers le cerveau pour organiser une réponse motrice, pour stabiliser le regard et la posture.

Notre approche, sur la stabilisation de la posture, a visé à déterminer, pour une personne, le poids attribué à chacune de ces entrées sensorielles. Ce poids varie selon les individus et dépend de nombreux facteurs comme l’environnement, l’âge, l’expérience sportive ou certaines pathologies. Quand une structure est déficiente, les autres prennent le relai par un mécanisme de compensation.

Que met en évidence cette étude comparative ?

Les patients ayant suivi une rééducation classique ont eu une récupération satisfaisante, mais qui peut impliquer une compensation accrue par l’autre genou. En sollicitant davantage cet autre membre, il y a un risque à moyen et à long terme. Après quelques années, cette compensation peut favoriser une rupture du LCA du genou contribuant à la compensation. A plus long terme, nous pouvons aussi voir survenir une arthrose au niveau de ce côté opposé.

En revanche, le groupe de patients ayant bénéficié du protocole intégrant la balnéothérapie, présente une meilleure réutilisation du genou opéré avec une compensation moindre par le genou opposé. Il s’agit alors plus d’une récupération par guérison que d’une récupération par compensation.

Même si les résultats, dans les deux types de prise en charge, sont satisfaisants sur le plan du contrôle postural, la manière d’y parvenir est différente, avec un risque majoré sur le plan articulaire et ligamentaire pour le groupe suivant une rééducation classique.

Comment expliquer ces observations ?

Les bénéfices de la balnéothérapie s’expliquent par plusieurs facteurs. La réduction du poids du corps dans l’eau permet d’augmenter les amplitudes de mouvement sans solliciter excessivement les articulations. Le renforcement musculaire est ainsi sécurisé.  La pression hydrostatique de l’eau présente quant à elle une action bénéfique sur l’œdème. Enfin, nous savons aussi que l’eau thermale, qui est particulièrement chaude à Nancy, a un effet antalgique et analgésique.

Pour les sportifs, le thermalisme est adapté pour la rééducation après une lésion ostéo-articulaire.


Sources :

  • Entretien exclusif avec le Pr Philippe Perrin, le 8 avril 2026
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