Santé mentale : aider au lâcher-prise dans les centres thermaux

La santé mentale, désignée Grande Cause nationale en 2025, est un enjeu majeur de santé publique : un Français sur quatre pourrait être confronté à un trouble mental au cours de sa vie. À l’occasion des Journées psychiatriques qui se sont tenues à Saujon en Charente-Maritime, revenons avec Olivier Dubois, psychiatre et directeur du centre thermal de Saujon, sur la place de la médecine thermale dans le parcours de soins en santé mentale.
Jeunes, cadres du secteur privé ou public, familles monoparentales, retraités… toutes les catégories de la société sont concernées par le stress, l’anxiété, le burn-out ou encore la dépression. Dans les établissements thermaux, plus de 10 000 cures en orientation affections psychosomatiques ont été prescrites en 2024.
Pour Olivier Dubois : « Concernant les cures en affections psychosomatiques réalisées à Saujon, nous avons perdu 70 % de la fréquentation après COVID. Nous revenons progressivement au-dessus des chiffres de 2019. Nous observons malgré tout une baisse de dynamique qui peut être expliquée par un manque de moyens financiers. De plus en plus de curistes nous rapportent que les coûts liés au logement sur place les freinent dans leur réalisation de leur cure ».
12e édition des Journées de conférences psychiatriques à Saujon
Le programme intitulé « La santé mentale pour tous », qui s’est tenu aux thermes de Saujon du 2 au 5 octobre, se composait de six conférences animées par des experts à destination du grand public. Quelques exemples de thématiques : relation cerveau et art, l’effet des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle sur la santé mentale, les mystères en psychiatrie et santé mentale ou encore une conférence intitulée « Cerveau, conscience et mémoire ».
Le 4 octobre, la salle était pleine pour assister à la conférence « Médecine thermale : un espace pour sa santé mentale ! », présentée par Christophe Jicquel (Sud Radio), Mme Florence Bourles, Pr Jean-Louis Montastruc, Pr Pierre-Louis Druais, Dr Christianne Vaugeois, Mme Jane-Laure Danan et M. Philippe Guillard.
Les moments forts de ce temps d’échange ? « Ce qui a été vraiment dit, c’est qu’entre le traitement pharmaceutique et la psychothérapie, il n’y a pas d’espace pour que les gens puissent se relâcher. Le patient doit expérimenter de manière complémentaire le relâchement et la détente. Les professeurs qui sont intervenus ont insisté sur ce point en disant : “Attention, si on va vers un déremboursement des cures, il n’y aura plus d’espace pour que les gens se laissent aller et expérimentent le lâcher-prise”. Le patient a réellement besoin d’expérimenter la détente lorsqu’il souffre d’un état chronique, avec l’installation de l’angoisse, du mal-être ou de l’épuisement. Nous l’avons démontré scientifiquement », précise Olivier Dubois.
Pour le psychiatre, la médecine thermale doit aussi s’adapter aux maux de la société. Chez les actifs, par exemple, la mise en place d’une cure de deux semaines ou de 10 jours (hors cadre de l’Assurance maladie) est en réflexion à Saujon. « La moyenne d’âge en cure affections psychosomatiques à Saujon est de 56 ans. Nous devons nous adapter à ces curistes qui veulent réaliser une cure à la fois compatible avec leur vie professionnelle et efficace pour soulager leurs symptômes de burn-out ou de surcharge émotionnelle », indique le psychiatre.
Le thermalisme reconnu comme voie d’avenir dans le traitement des troubles psychiques
En ce début du mois d’octobre, Olivier Dubois et 41 universitaires issus du monde de la psychiatrie (dont Christophe André, Boris Cyrulnik et Marcel Rufo) ont écrit une tribune pour défendre le thermalisme dans le parcours de soins du patient touché par une souffrance mentale.
La tribune précise : « Les soins thermaux spécialisés, associés à des programmes de thérapie cognitivo-comportementale et de psycho-éducation validés, représentent une voie d’avenir. Des expérimentations de programmes thermaux courts, limités à 11 jours pourraient constituer une évolution très favorable à la prise en charge de la souffrance mentale ».
La santé mentale, Grande Cause nationale 2025 : quelles retombées dans les centres thermaux ?
Les retombées de cette année 2025, intégrant la santé mentale comme Grande Cause nationale, sont en demi-teintes.
Pour Olivier Dubois : « Il y a un regard un peu négatif qui dit qu’il ne s’est pas passé grand-chose, pas de grandes réflexions et concertations nationales. À notre échelle, je pense que l’on s’est servi de la cause pour en faire parler. On a rencontré à plusieurs reprises le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, le Pr Franck Bellivier. Selon lui, la médecine thermale est intéressante, mais la profession doit davantage être unie derrière ces sujets de développement du thermalisme en santé mentale. Nous sommes actuellement en effet face à cette difficulté ».
Pour le directeur du centre thermal de Saujon, il existe des solutions, dont une essentielle : adapter le thermalisme à la société moderne et à ses souffrances. « On dit qu’il y a un manque d’humanisme, que l’hôpital est devenu trop technique. Le thermalisme pourrait très bien répondre à ce manque sans être à un niveau de psychiatrie très élevé. Nous devons davantage être audibles en étant novateurs et en nous adaptant aux problématiques de santé mentale du XXIe siècle ».
Pour rappel, près de 12 millions de Français seront un jour touchés par une maladie psychique, et plus de 3 millions vivent avec la maladie sur le long cours.
Source : entretien exclusif avec Olivier Dubois, le 13 octobre 2025














3 commentaires
Oui j’en ai fait à Neris les bains à Divonne et aussi à Lamalou
On critique les curés thermales mais ce ne sont pas des vacances et cela nous coûte cher car le plafond reste très pas pour l’aide au logement et au transport tout le monde n’a pas de voiture et la SNCF ne nous fait pas de cadeaux pour venir chercher nos valises et encore j’ai laissé mon fauteuil car n’étant pas pliable le transporteur a refusé de le prendre
A quoi donc ça sert l aide de la sécurité sociale
Si au final ont a pas les moyens pour un logement
Cela nous coûte plus chers que les soins de la cure
Tout monde n’a pas les mêmes salaires
Moi en invalidite c est un énorme budget donc oui c est cool une proposition pour ce détendre mais déçu pour ne pas pouvoir y aller
Bref les pauvres n’ont aucun issue dans tous les domaines de la société déçue de tout ça dans notre pays