Santé mentale et cure thermale : repenser la place du thermalisme dans les soins

Par Julie Paysant / Publié le 16 juillet 2024 à 14h26

dame stress cure thermale

Le 20 juin s’est tenue à Paris la première journée nationale de la santé mentale et du thermalisme. A cette occasion, des professionnels de santé, entourés d’un public, se sont réunis à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière pour réfléchir sur la thématique du « Thermalisme : une opportunité en santé mentale ? ». Eclairage avec deux des cofondateurs œuvrant au sein de la Société française de médecine thermale :  Olivier Dubois, psychiatre et médecin thermal dans l’établissement de Saujon et Gisèle Kanny, professeur en médecine interne et chercheuse en médecine thermale au CHRU de Nancy.

Ouvert au public sur inscription libre, cette journée a été ponctuée de conférences, de tables rondes et d’ateliers. Sont intervenus le coordinateur interministériel pour le thermalisme, le Président de la société française de médecine thermale, des professeurs et professeures en médecine thermale, en psychiatrie, en neurologie, en droit de la santé mais aussi des médecins thermaux et des médecins du travail.

Réunir les spécialistes pour dessiner les prises en charge de demain

Anxiété, dépression, burn-out, phobies… selon les données de l’Organisation mondiale de la santé de juin 2022, un individu sur 7 est concerné par un trouble de santé mentale. En parallèle, la prise en charge thérapeutique avec des médicaments montre ses limites : 30% à 40% des patients présentent une résistance au traitement. Même si la psychothérapie et les hospitalisations permettent de soulager la souffrance mentale, de plus en plus de patients souhaitent mettre leur cerveau sur pause.

Pour Olivier Dubois : « La prise en charge de la santé mentale en médecine thermale est très peu connue en dépit des preuves scientifiques de l’efficacité de la cure. Il y a aujourd’hui une place à prendre dans le parcours de soins du patient autour de la médecine thermale. L’idée est d’inverser l’interrogation et de se demander si la santé mentale ne devrait pas davantage s’emparer de la médecine thermale pour prendre en charge ses malades épuisés ».

 Selon Gisèle Kanny : « L’idée de cette journée était de réaliser un état des lieux de la Recherche avec des regards croisés. Tout le monde intéressé par la question pouvait participer et pendant les ateliers de l’après-midi, les inscrits ont pu partager et exposer leur point de vue ».

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 Les questions soulevées pendant la journée

Comment le thermalisme peut-il constituer une alternative thérapeutique ? C’est pour répondre à cette grande interrogation que les intervenants ont partagé leurs points de vue sur plusieurs questionnements comme : « Que dit notre société de l’envolée des chiffres liés à la santé mentale ? », « Quelle est la place de la médecine thermale en santé mentale ? » et « Médecine thermale : quels niveaux de preuves ? ».

« Pour les niveaux de preuve, nous avons présenté les travaux sur l’impact du lâcher-prise thérapeutique sur l’efficacité d’une cure thermale et les résultats des essais cliniques de l’étude STOP-TAG. Le Pr Nemat Jaafari a aussi exposé les résultats d’une étude montrant comment la cure thermale influence certaines activités cérébrales. Nous avons mis en avant les preuves de l’effet clinique, la compréhension des mécanismes sous-jacents et des données d’imagerie médicale. C’était une présentation globale » explique Gisèle Kanny.

Moderniser l’approche en médecine thermale

Une autre question soulevée pendant cette journée dédiée au thermalisme et à la santé mentale concernait la modernisation de la solution thermale pour certains troubles appartenant à l’orientation affections psychosomatiques. Ces quinze dernières années, l’efficacité d’une cure thermale conventionnée, combinant hydrothérapie, approche psychoéducative et expertise médicale et psychologique, a été prouvée. Et notamment pour les patients souffrant d’épuisement mental et d’anxiété.

« La modernisation de l’approche thermale passe par la prise en charge de patients en pré-burnout lors d’une cure thermale de deux semaines. Mais aussi par une prise en charge davantage pro-active en développant des ateliers sur la reprise du travail et en réalisant des coopérations avec les entreprises. Il faut réfléchir aux moyens apportant une aide complémentaire aux patients qui ont des pathologies mentales réversibles. Ce sont en effet des personnes qui ont des vies normales et qui fléchissent à un moment donné parce qu’ils ont des soucis au travail et/ou dans leur vie personnelle » précise Olivier Dubois.

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Vers une cure thermale de deux semaines ?

 Dans le cas de troubles dépressifs réactionnels, d’anxiété, de burn-out, de troubles du sommeil, de sevrage de médicaments anxiolytiques, de douleurs physiques psychosomatiques, de phobie sociale, de troubles liés à des stress prolongés, la communauté médicale s’accorde sur la nécessité de développer des cures thermales de deux semaines, une période davantage propice à répondre aux impératifs des personnes actives.

« Le principal frein pour la mise en place d’une cure de deux semaines est aujourd’hui de convaincre les pouvoirs publics. Notre travail ne s’arrêtera pas à cette journée du 20 juin. Nous allons continuer à travailler avec des universitaires, à réaliser des études pour mesurer l’efficacité d’une telle cure, à coordonner des actions et soumettre un rapport au ministère de la Santé. » souligne Olivier Dubois.

Nous ne manquerons pas de partager auprès de vous l’ensemble de ces actions visant à repenser la place de la médecine thermale en santé mentale.


Sources :

  • Entretien exclusif avec Olivier Dubois, le 7 juin 2024
  • Entretien exclusif avec Gisèle Kanny, le 14 juin 2024
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