Projet ThermUSS : repenser les stations thermales comme acteurs de santé globale et de prévention

Par Julie Paysant / Publié le 13 avril 2026 à 11h00

Eau minérale naturelle s'écoulant sur roche, ressource thermale au cœur du projet ThermUSS en Auvergne-Rhône-Alpes

D’avril 2024 à décembre 2028, le projet ThermUSS se déploie en région Auvergne-Rhône-Alpes. Financé par la région et l’Union européenne, ce programme scientifique interdisciplinaire ambitionne de reconsidérer les stations thermales comme les garants de la santé globale et de durabilité à l’échelle des territoires. Éclairage avec les responsables scientifiques du projet, Marie-Pierre Sauvant-Rochat et Clarisse Mallet.

Le projet ThermUSS : « Entre de bonnes eaux ! Vers une politique de santé globale et de durabilité dans le Massif central » se distingue par une approche résolument pluridisciplinaire. Il réunit des scientifiques (physiciens, radiochimistes, microbiologistes, écotoxicologues, historiens et sociologues), des professionnels de santé (médecins, pharmaciens). L’objectif est double : approfondir la connaissance sur les eaux minérales naturelles et développer des actions concrètes de promotion de la santé et de prévention au sein des stations thermales.

Deux volets structurent le programme développé en Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA). Le premier, consacré à la signature des eaux, est piloté par Clarisse Mallet, enseignante chercheuse, professeure en écologie et écotoxicologie microbienne à l’Université Clermont-Auvergne. Le second, dédié aux nouveaux rôles des stations en lien avec les concepts de promotion de la santé et de prévention, est dirigé par Marie-Pierre Sauvant-Rochat, docteur en pharmacie et professeure de santé publique à l’Université Clermont Auvergne.

Étudier la signature des eaux

L’un des enjeux du projet est d’explorer « la signature des eaux ». Contrairement aux analyses classiques, centrées sur une approche qualitative de la composition physico-chimique des eaux et la détection de pathogènes (virus, bactéries), il s’agit ici de comprendre la biodisponibilité des éléments présents dans l’eau, c’est-à-dire leur capacité réelle à être absorbés par l’organisme et à produire un effet biologique.

« L’objectif est d’aller au-delà de la mesure des concentrations et d’étudier la spéciation des ions majeurs, traces et des radionucléides, c’est-à-dire d’analyser sous quelle forme, espèce chimique ces éléments, existent dans l’eau, mais aussi comment les micro-organismes (bactéries, microchampignons) et les composés organiques interagissent avec eux. En effet toutes ces interactions peuvent modifier la biodisponibilité des éléments et donc leurs effets potentiels sur la santé » explique Clarisse Mallet.

Ces travaux visent à mieux comprendre les mécanismes à l’origine des propriétés thérapeutiques attribuées aux eaux thermales, sans chercher, à ce stade, à prouver directement leur efficacité clinique. « Ces travaux, qui seront focalisés sur quelques stations thermales de la région apporteront une lecture plus fine et mécanistique des effets des eaux. Ces résultats seront croisés avec d’autres données (ressenti des curistes, savoirs médicaux, historiques et sociologiques) pour essayer de produire des preuves de concept de l’efficacité des eaux » précise Clarisse Mallet.

Intégrer pleinement la dimension de prévention primaire

 L’un des autres enjeux majeurs est de faire évoluer le thermalisme. Historiquement centré sur la prise en charge de patients atteints de pathologies chroniques (prévention secondaire), il pourrait aussi devenir un levier de prévention primaire, en accueillant des personnes souhaitant préserver leur capital santé.

Au-delà de la notion de « bien-être », il s’agit d’inscrire les stations thermales dans une démarche de santé publique fondée sur l’éducation, la prévention et le changement de comportement. « Le projet ThermUSS, fédérant des scientifiques et des professionnels du thermalisme, s’inscrit pleinement dans cette perspective. L’ambition est de repenser les stations thermales comme de véritables lieux de promotion de la santé avec le développement d’actions concrètes adaptées aux spécificités de chaque station et de chaque territoire » souligne Marie-Pierre Sauvant-Rochat.

Ce repositionnement, qui est en adéquation avec la stratégie nationale de santé 2023-2033, devra cependant relever plusieurs défis. Comme le souligne le Professeur Sauvant-Rochat : « La réussite de ce repositionnement dépendra de l’engagement des stations thermales, de l’adhésion des publics, mais aussi de la capacité à transmettre efficacement des messages de prévention, dans un contexte français encore peu acculturé à ces enjeux. En effet, contrairement aux pays nordiques, où la prévention est intégrée depuis les années 1980-1990, notamment via l’éducation dès le plus jeune âge, la France reste en phase de transition. Nous nous engageons progressivement sur ce chemin depuis le début des années 2000, mais nous ne sommes pas aussi efficients que nos amis scandinaves ! Collectivement, nous menons aussi toute une réflexion fondamentale sur la manière de faire passer les messages en promotion de la santé et en prévention ».

Avant de souligner que : « La prévention, c’est réduire le nombre de maladies, c’est réduire les dépenses de santé, c’est pérenniser le système d’assurance maladie.  C’est un changement majeur dans notre vision de la protection sociale et de la protection santé en France. En santé publique, nous sommes tout à fait conscients que transformer durablement les comportements à l’échelle d’une population nécessite au moins une génération ».

Soulignons également la dimension environnementale et territoriale du projet. Les caractéristiques des eaux thermales évoluent sous l’influence du changement climatique, des saisons, de l’usage des sols ou encore des activités humaines. Mieux comprendre ces dynamiques est un enjeu clé pour préserver les propriétés thérapeutiques des ressources thermales. À plus long terme, ThermUSS développera un modèle applicable au-delà de la région Auvergne-Rhône-Alpes, à l’échelle nationale, voire européenne, afin de mieux répondre aux enjeux futurs de santé publique.


Sources :

  • Entretien exclusif avec Marie-Pierre Sauvant-Rochat, docteur en pharmacie et professeure de santé publique à l’Université Clermont Auvergne, le 16 mars 2026
  • Entretien exclusif avec Clarisse Mallet, enseignante chercheuse, professeure en écologie et écotoxicologie microbienne à l’Université Clermont-Auvergne, le 19 mars 2026
  • ThermUSS, Direction de la recherche et des études doctorales, Université Clermont-Auvergne, le 28 mai 2025
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