Personnalité thermale du mois : Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre

Par Julie Paysant / Publié le 3 novembre 2025 à 09h00

Jean-Claude Casadesus, chef d'orchestre

Chaque mois, une personnalité du monde thermal, médical, politique, sportif ou culturel, nous raconte son lien avec le thermalisme. En novembre, c’est Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre mondialement connu, qui répond à nos questions suite à sa participation aux Journées psychiatriques des thermes de Saujon.

Jean-Claude Casadesus est un chef d’orchestre français, fondateur de l’Orchestre national de Lille et directeur musical des lieux de 1976 à 2016. Il s’est attaché à y programmer des cycles de concerts et d’événements tournés vers tous les publics. Il continue aujourd’hui de diriger l’orchestre au cours de deux séries par an et lors du Festival de piano qui a lieu en juin. Il poursuit, par ailleurs, une carrière internationale. En octobre de cette année, il a participé, dans le cadre des conférences grand public « La santé mentale pour tous » organisées à Saujon, à une présentation intitulée « Art et neurosciences » avec le Pr Bruno Dubois, neuropsychiatre et membre de l’Académie nationale de médecine.

L’Officiel du Thermalisme : quels sont vos projets artistiques à venir ?

Jean-Clause Casadesus : Le 30 et le 31 octobre, je dirige un grand concert à Bordeaux avec des projections du photographe Salgado qui est malheureusement décédé il y a quelques mois. Ensuite, j’ai un grand concert de Mozart à Lille puis à Avignon. En janvier, il y a un grand concert au Théâtre des Champs-Élysées avec mon petit-fils, Thomas Enhco, qui est un magnifique pianiste ! Puis, je pars pour Budapest, pour le Japon, ensuite pour Riga. Alors toute l’année, j’ai un programme différent chaque mois dans un pays différent. Le mot retraite n’est pas dans mon logiciel, vous l’avez compris !

C’est quoi pour vous le thermalisme ?

J’ai entendu parler de ce mot pour la première fois grâce à vous. J’en ai déduit que c’était en référence aux eaux thermales. Il y a l’idée de se faire du bien, de connaître un peu les vibrations qu’on ignore dans la vie très stressante. J’ai eu l’opportunité de rencontrer des gens qui avaient été, comme on dit « aux eaux ». Il y a des personnes qui, je pense, y trouvent un grand bénéfice.

Pour ma part, je crois beaucoup aux médecines naturelles. Et c’est vrai que connaître son corps, c’est très important, surtout pour exercer des métiers qui sont un peu physiques, comme le mien. Enfin, je dirais que ce n’est pas vraiment un métier, c’est un état, une philosophie. Personnellement, je n’ai jamais fait de cures thermales, en revanche, en effet, je vais pratiquer des exercices physiques quotidiens basés sur les étirements, le yoga, le Pilates et la musculation. Je crois au pouvoir relaxant des eaux, je l’ai expérimenté en Italie dans des sources d’eaux soufrées.

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D’ailleurs, comment réussissez-vous à gérer le stress dans votre vie professionnelle ?

Le stress, on est toujours menacé de le subir, mais si on a un entraînement mental, il est possible d’acquérir une résistance. C’est très important pour diriger une assemblée d’artistes de 80 à 100 personnes. Depuis 60 ans, je travaille avec des gens à qui je dois transmettre la beauté des chefs-d’œuvre. Pour fédérer ce microcosme, il faut être bien dans sa tête et adopter les gestes appropriés qui donneront aux musiciens l’idée qu’on essaie de leur permettre de faire leur métier le mieux possible. Donc pour ça, il faut être bien dans sa tête. Ce n’est pas toujours commode, mais il y a une question de respiration intérieure, de concentration, de détente. La méditation, c’est très important aussi pour se relâcher. Je crois d’ailleurs que le thermalisme contribue, par la relaxation qu’il procure, à un bienfait pour le corps.

Pour poursuivre, je voulais vous demander pourquoi vous avez accepté de participer à cette conférence « Art et neurosciences » avec le Pr Bruno Dubois ?

Son frère, qui fait partie du comité, a eu la gentillesse de me décerner le Grand Prix de l’académie de Saintonge ce 5 octobre. Au cours de la discussion, nous avons évoqué la possibilité de ma participation à cette conférence. J’ai accepté avec plaisir, c’était intéressant de confronter une vision artistique et scientifique de l’art. Le scientifique est davantage dans l’analyse tandis que l’artiste est plus dans l’abandon et la sensibilité.

Lors de cette rencontre, j’ai essayé de montrer que tout ne s’explique pas. La musique est la traduction la plus poétique de la vie. Avec ses joies, ses souffrances, ses voluptés, sa détresse et son espérance. Quand je pense à Schubert, que j’adore, je pense aussi à Vermeer c’est-à-dire que la musique, c’est aussi des couleurs ! Quand je pense à Beethoven, je pense à Géricault, je pense à Victor Hugo, etc. Stravinsky, comme tous les compositeurs en principe, a inventé son époque. Les grands compositeurs sont souvent compris beaucoup plus tard que leur création. Donc il faut essayer soi-même, avec son cœur, avec son âme, avec sa sensibilité, et sans une analyse, je dirais, scientifique, d’essayer de transmettre. C’est comme dans l’amour ! Cela procède de l’instinct et du ressenti.

Mais, la musique nécessite aussi une technique ?

En effet, avant la métaphysique, il y a la technique. Et la métaphysique, c’est l’au-delà du réel, c’est tout d’un coup la transcendance des sentiments. Donc, en effet, il faut être très lisible dans ce que l’on souhaite transmettre aux musiciens d’abord, puis au public. Si c’est bien avec les musiciens, ça sera bien avec le public ! Pour fédérer une assemblée de musiciens, dont les opinions sont évidemment extrêmement différentes et qui vivent les uns à côté des autres pendant parfois des décennies, il faut faire soi-même le vide en soi pour ne pas se mettre devant la musique, mais se mettre derrière et la servir. Comme d’ailleurs, un peintre derrière son pinceau et un écrivain derrière sa plume.

Avez-vous, par exemple, des recommandations sur l’écoute de divers œuvres qui invitent à la détente et à la relaxation ?

Les gens qui entendent des œuvres de Schubert comme le trio en mi bémol, qui est une merveille absolue, ressentent une forme de transcendance. D’un coup, ça vous élève, ça vous transcende ! Il y a, en quelque sorte, une thérapie de l’émotion artistique. On peut la retrouver également dans la peinture. Tout est ainsi dire une question de sensibilité et de disponibilité. C’est comme dans la relation humaine et comme dans l’amour. Je crois surtout qu’il faut se mettre en état de disponibilité. Et il faut écouter et pas seulement entendre…

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Source : entretien avec Jean-Claude Casadesus, le 16 octobre 2025

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