Expert du mois : Pr Yves-Jean Bignon, spécialiste de la cure thermale post-cancer du sein

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous éclaire sur une cure thermale particulière : quels sont ses bénéfices santé et les soins prodigués ? En octobre, c’est le Pr Yves-Jean Bignon, professeur émérite et spécialiste de la cure post-cancer du sein qui répond à nos questions.
Yves-Jean Bignon, professeur émérite de médecine est aussi maire adjoint de la ville de Vichy en charge du thermalisme et du patrimoine. Plongé dans l’univers des stations thermales en grandissant à Vichy et en réalisant sa carrière professionnelle d’oncogénéticien à Clermont-Ferrand, il a commencé à travailler sur les questions liées au thermalisme il y a une vingtaine d’années. Il a conduit notamment avec succès l’étude PACThe qui a abouti à la mise en place, dans certains établissements thermaux, du programme d’accompagnement et de réhabilitation post-thérapeutique pour les femmes en rémission complète de leur cancer du sein. Rencontre.
Quelles sont vos activités médicales en lien avec le thermalisme ?
Je suis professeur émérite à l’université Clermont-Auvergne et depuis trois années je suis responsable de l’enseignement de médecine thermale auprès des étudiants en troisième cycle ou en postdoctorat. Pour rappel, en France, cinq universités seulement enseignent la médecine thermale : Clermont-Auvergne, Nancy, Bordeaux, Montpellier et Toulouse.
Dans le cadre du thermalisme, j’ai mis en place un programme de recherche clinique pour la prise en charge du post-cancer du sein en milieu thermal. Les résultats des études ont montré des effets un peu inattendus en termes d’efficacité. Nous avons en effet une efficacité spectaculaire qui dure dans le temps puisque nous avons encore des effets cinq ans plus tard. Actuellement, nous réalisons avec la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), à l’échelle de la France (15 établissements thermaux) et sur 400 femmes, une nouvelle évaluation de ce programme. Si nous démontrons l’intérêt et l’efficacité de ces séjours thermaux, nous pourrons envisager une prise en charge globale par l’Assurance Maladie. Les résultats définitifs sont attendus pour début 2026.
Comment la rémission d’un cancer du sein est-elle globalement prise en charge lors d’une cure thermale ?
Les soins thermaux proposés sont des soins locorégionaux sur le sein opéré et radiothérapé. Ils ont pour objectif d’assouplir les tissus du sein et de l’épaule. Le médecin thermal définira les soins nécessaires en fonction de l’état clinique de la patiente. Les raideurs d’épaule et les œdèmes doivent également être pris en charge rapidement en centre thermal. Deuxième catégorie de prise en charge : l’activité physique et la lutte contre la sédentarité. Il est très important de considérer qu’une femme soignée pour un cancer du sein ne doit pas se reposer et être inactive physiquement. Dans l’encadrement thermal, nous allons proposer de l’activité physique adaptée qui est un moyen de lutte contre la fatigue.
Aussi, les femmes seront accompagnées psychologiquement, car ce sont toutes des femmes traumatisées par la maladie et les traitements ainsi que par toutes les conséquences qui cela implique sur la vie familiale, sexuelle, sociale, et professionnelle. Cela passe par l’écoute des professionnels formés, mais aussi par le partage avec d’autres femmes qui ont vécu la même chose. Aussi, pour se réapproprier une belle image de soi et de son corps, la cure comporte des soins socio-esthétiques. Enfin, dernière catégorie de soins, ce sont les programmes nutritionnels qui ont pour but de maitriser son poids et limiter la prise de poids. Nous savons que la prise de poids est un facteur de risque de rechute.
Quels sont les bénéfices santé d’une telle cure thermale ?
Le principal bénéfice est l’amélioration du score de qualité de vie recouvrant 36 types de questions (questionnaire SF36). Il apprécie autant la qualité de vie psychologique et mentale (vie professionnelle et sociale épanouie, bien-être psychologique avec reprise d’activités) que la qualité de vie physique (douleurs, raideurs d’épaule, gène, fatigue). Nous avons démontré que nous améliorons la qualité de vie de manière significative, et ceci jusqu’à 5 ans après la cure thermale.
Quelles sont vos attentes concernant l’étude clinique en cours avec la CNAM ?
C’est une démonstration à grande échelle des travaux précédemment réalisés. Mon rêve est que toutes les femmes en post-cancer du sein puissent bénéficier de ces cures thermales et de leurs bénéfices. C’est un véritable enjeu de santé publique. Cependant, ceci nécessitera aussi de la vigilance de notre part. Tous les établissements thermaux n’ont pas l’habitude de prendre en charge des patients en rémission de cancer. Il faudra faire attention aux éventuelles dérives et former adéquatement les professionnels de santé travaillant en centres thermaux.
Sources :
Entretien exclusif avec Yves-Jean Bignon, le 10 septembre 2024













