Expert du mois : Jean-Louis Montastruc, professeur émérite de médecine et président du conseil scientifique de l’AFRETh

Par Julie Paysant / Publié le 13 novembre 2025 à 11h00

Jean-Louis Montastruc, professeur émérite de médecine et président du conseil scientifique de l’AFRETh

Chaque mois, une personnalité du monde médical partage son éclairage sur les enjeux actuels du thermalisme. En novembre, c’est le professeur Jean-Louis Montastruc, membre de l’Académie de médecine et Président du conseil scientifique de l’AFRETh, l’Association française pour la recherche thermale, qui répond à nos questions sur l’intérêt des cures thermales et sur les risques liés au projet gouvernemental de leur déremboursement.

Jean-Louis Montastruc est professeur de pharmacologie médicale à la faculté de médecine de l’Université Toulouse III – Paul-Sabatier. Depuis près de 40 ans, il travaille à l’optimisation du bon usage du médicament. Il est membre de l’Académie nationale de médecine depuis 2007. Il siège également au conseil scientifique de l’AFRETh depuis 2004 et en est devenu le président en 2022. Ses travaux de recherche concernent la pharmacoépidémiologie, la pharmacovigilance et la pharmacologie sociale. Il a développé notamment de nouvelles méthodes d’évaluation du risque médicamenteux.

L’Officiel du Thermalisme : Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

Jean-Louis Montastruc : Je suis médecin et spécialiste de la pharmacologie clinique. Je travaille sur l’évaluation des médicaments, non seulement sur leurs bénéfices, mais également sur leurs risques. En effet, il ne faut pas évaluer uniquement les bénéfices de façon isolée, ni les risques seulement, mais la balance bénéfices/risques. Tout au long de ma vie, j’ai œuvré dans le domaine du médicament. Habitant dans une région où la thérapeutique thermale est développée, je m’y suis intéressé naturellement. Après avoir été membre du conseil scientifique de l’AFRETh depuis 2004, année de la création de l’association, j’en suis devenu le Président en 2022.

Que représente pour vous le thermalisme ?

Le thermalisme est une thérapeutique dont dispose le médecin pour la prise en charge des patients souffrant de certaines pathologies chroniques. Cela n’a rien à voir avec la médecine douce, comme certains le disent à tort. Je dirais que les médecines ne sont ni douces ni dures, elles sont, selon moi, soit efficaces, soit inefficaces. Le thermalisme, c’est une thérapeutique et des options thérapeutiques. On l’utilise dans les maladies chroniques qui n’ont pas forcément de réponse médicamenteuse.

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Que dire des travaux scientifiques menés par l’AFRETh ?

À travers les essais cliniques, menés notamment en France par l’AFRETh, et concernant 7 indications thérapeutiques sur 12, le thermalisme a fait la preuve de son efficacité. Nous avons des preuves d’efficacité de la médecine thermale en rhumatologie, phlébologie, dermatologie, psychiatrie, neurologie, maladies artérielles et dans la surcharge pondérale pour les maladies de l’appareil digestif. À l’heure actuelle, nous n’avons pas de démonstration en ORL. Ainsi, l’AFRETh a mis récemment en place un essai clinique nommé SINUSITHERM pour évaluer le service médical rendu des cures thermales sur les rhinosinusites.

Nous devons faire des efforts au sein de l’AFRETh pour une meilleure diffusion de ces résultats scientifiques auprès des autorités et professionnels de santé et aussi des politiques, tout en continuant les évaluations. C’est à l’image de l’évaluation des médicaments : les pratiques thérapeutiques doivent être évaluées en permanence.

Que pensez-vous de la volonté du gouvernement de rembourser les cures, non plus à hauteur de 65 %, mais de 15 % ?

C’est une décision politique donc il ne m’appartient pas de la discuter. Simplement, ce que je souhaite en tant que médecin pharmacologue, c’est qu’elle soit en cohérence avec les données de l’évaluation. J’affirme et je réaffirme que les cures thermales sont jugées comme efficaces et par conséquent, elles doivent être remboursées à l’instar du médicament à 65 %. Le déremboursement des cures serait une décision difficilement compréhensible des médecins et de leurs patients, car infondée sur les données cliniques.

Ma vision est dans l’intérêt des malades. Peut-on priver des malades d’une thérapeutique, la cure thermale, qui a prouvé son efficacité avec très peu d’effets indésirables ? Et de surcroit, dans des maladies pour lesquelles il n’existe pas de traitement médicamenteux. Citons par exemple : l’arthrose, les dépressions résistantes, les troubles anxieux généralisés, le psoriasis et la fibromyalgie… La cure thermale ne va pas guérir ces pathologies, mais elle va procurer des bénéfices aux patients.

Quels sont les risques de ce déremboursement ?

Au-delà des conséquences économiques pour les territoires dotés de stations thermales, il faut savoir que les patients s’orienteront vers des thérapeutiques moins bien évaluées ou vers des médicaments très peu efficaces et dangereux, comme notamment les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou encore les psychotropes (benzodiazépines hypnotiques ou anxiolytiques, antidépresseurs).

JE REÇOIS LES ACTUS THERMALES

Source : entretien exclusif avec Jean-Louis Montastruc, le 10 novembre 2025

 

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