Expert du mois : Dr Laurent Grange, rhumatologue au CHU de Grenoble Alpes nous éclaire sur la cure ostéoporose

Par Julie Paysant / Publié le 10 juillet 2025 à 09h00

Dr Laurent Grange, rhumatologue au CHU de Grenoble Alpes, expert cure ostéoporose

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous éclaire sur une cure thermale particulière : quels sont ses bénéfices santé et les soins prodigués ? En juillet, c’est le docteur Laurent Grange du CHU de Grenoble Alpes qui répond à nos questions sur la cure ostéoporose.

Véritable problème de santé publique, l’ostéoporose concerne plusieurs millions de Français. Cette pathologie des os accroît le risque de fractures. Elle peut également entraîner des douleurs séquellaires, notamment en cas de factures vertébrales. La cure thermale pour l’ostéoporose s’inscrit dans une démarche préventive globale pour ralentir l’évolution de la maladie et préserver le capital osseux.

L’Officiel du Thermalisme : Comment définir l’ostéoporose ?

Dr Laurent Grange : C’est une maladie de fragilité du squelette qui se caractérise par une diminution à la fois de la qualité et de la quantité osseuse. L’os devient fragile et se fracture. C’est une maladie fréquente, car elle concerne plus de 4 millions de Français (chiffre de 2019). Généralement, on considère qu’une femme sur trois et un homme sur cinq après 50 ans auront une fracture par fragilité osseuse.

La maladie est souvent mise à jour lorsque la fracture survient, c’est donc une maladie silencieuse. Cependant, avec un dépistage (examen d’ostéodensitométrie) si facteurs de risque ou lors de la survenue d’une fracture liée à une fragilité osseuse, il est possible de mettre en place un traitement médicamenteux qui va ralentir ou stopper la perte et la fragilité osseuse.

Quels sont les facteurs de risques impliqués dans la survenue de l’ostéoporose ?

Tout au long de la vie, il y a un certain nombre de facteurs de risque que l’on peut identifier et éventuellement combattre. Déjà, le fait d’être une femme est un risque beaucoup plus important que d’être un homme. Après il y a des facteurs tels que l’âge, la sédentarité, les antécédents familiaux, le tabac et les apports insuffisants en calcium et en vitamine D.

Certains médicaments peuvent aussi fragiliser les os comme la cortisone. Des maladies peuvent également jouer un rôle comme l’hyperthyroïdie. Le fait d’être maigre, avec un indice de masse corporelle inférieure à 19 kg/m², est aussi un facteur de risque de fragilité osseuse.

Dans quel cas propose-t-on une cure thermale à un(e) patient(e) souffrant d’ostéoporose ?

Dans la plupart des cas, la cure pour l’ostéoporose s’inscrit dans l’orientation rhumatologie. La prescription d’une cure thermale a lieu souvent après une fracture et notamment des fractures vertébrales comportant, dans 60 % des cas, des douleurs séquellaires. Ou bien dans le cas de convalescence de fractures comme après une fracture du col du fémur ou de l’humérus. Dans mon entourage, très peu de patients sont proactifs et demandent par eux-mêmes une cure thermale pour soulager leur ostéoporose. Je ne suis pas sûr que cette cure soit très connue auprès des patients.

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Soulignons aussi que la cure thermale est synonyme de coupure avec le quotidien et de relationnel. Le patient s’extrait de son quotidien et il va pouvoir se reconnecter à lui, à son traitement médicamenteux et à des patients souffrant de la même pathologie. Un nouveau cadre et le fait d’avoir moins de douleurs vont lui permettre de reprendre une activité physique, autant dans l’eau que dans les environs de la station thermale.

Comment l’ostéoporose est-elle globalement prise en charge lors d’une cure thermale ?

Il est important de souligner que les patients souffrant d’ostéoporose et allant en cure doivent poursuivre leur traitement général. La cure thermale comporte des mobilisations en bassins, des applications de soins thermaux à visée antalgique (boue thermale, eau thermale liquide ou sous forme de vapeur) et un programme d’éducation thérapeutique (activité physique, nutrition, gestion de sa médication, conseils posturaux).

La cure de boisson, surtout si l’eau est riche en calcium (eaux bicarbonatées calciques et eaux bicarbonatées mixtes), peut aussi être recommandée. Les mouvements dans l’eau et les activités physiques vont permettre au patient de renforcer ses muscles, son rachis et ses articulations. Il pourra retrouver progressivement du dynamisme et de la mobilité. Des soins de physiothérapie ou kinésithérapie peuvent également être proposés.

Quels sont les bénéfices de la cure ostéoporose ?

Le patient va ressentir un peu moins de douleur et retrouver goût à la mobilité et à l’activité physique. Il existe peu d’études sur le sujet en France. Une étude, réalisée dans les pays de l’Est, avait montré que des bains en eau thermale riche en radon avait un impact positif sur certains marqueurs de fabrication de l’os. Cependant, à ma connaissance, ce type d’eau possédant du radon n’est pas autorisée en France dans un contexte de cure thermale.

Vous êtes membre du bureau de la section éducation thérapeutique du patient de la Société Française de Rhumatologie. En quoi consiste l’ETP pour les patients souffrant d’ostéoporose ?

L’éducation thérapeutique se développe de plus en plus dans les stations thermales. Les objectifs d’un programme ETP reposent sur la connaissance de la maladie (déclenchement, mécanismes), sur des recommandations en nutrition (par exemple : apport en calcium de 900 à 1200 mg par jour de préférence avec des produits laitiers contenant des protéines) et sur l’intérêt d’une exposition solaire de 20 minutes par jour pour favoriser la synthèse de vitamine D. Le patient est aussi informé sur le rapport bénéfices-risques de son traitement médicamenteux et de l’intérêt de pratiquer une activité physique régulière comme la marche.

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En plus de la connaissance, le programme ETP va également prodiguer des conseils sur le savoir-faire et le savoir-être. Par exemple, comment prévenir les chutes ou réagir lors d’une chute ? Si le patient applique toutes ses recommandations, il améliore sa qualité de vie et peut réduire le risque de fracture de plus de 70 %. En effet, grâce aux médicaments et à l’éducation thérapeutique, il est possible d’arrêter la perte osseuse. Et, en parallèle, le patient va regagner en qualité osseuse donc en résistance osseuse.


Source : Entretien exclusif avec le docteur Laurent Grange, le 20 mai 2025

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