Personnalité thermale du mois : Danielle Faure-Imbert, retour sur 30 ans de thermalisme

Par Julie Paysant / Publié le 12 janvier 2026 à 09h00

Portrait de Danielle Faure-Imbert

Chaque mois, une personnalité du monde thermal, médical, politique, sportif ou culturel nous raconte son lien avec le thermalisme. En janvier, c’est Danielle Faure-Imbert, figure engagée du thermalisme en Auvergne, qui partage avec nous son engagement et sa passion du thermalisme. Entretien.

Docteure en médecine, Danielle Faure-Imbert a consacré les 20 premières années de sa carrière à la pratique de la médecine thermale dans la station thermale de Châtel-Guyon. Aujourd’hui, elle est Première Adjointe en charge du thermalisme, du tourisme et de la vie économique de Châtel-Guyon, co-présidente de la Fédération Thermale Auvergne-Rhône-Alpes (FTARA) et vice-présidente de Thermauvergne, association qui réunit 11 stations thermales d’Auvergne. Elle poursuit également ses engagements au sein des instances thermales nationales du thermalisme comme le CNETh (Conseil National des Établissements Thermaux) et l’AFRETh (Association française pour la recherche thermale).

L’Officiel du Thermalisme : Que représente pour vous le thermalisme ?

Danielle Faure-Imbert : Le thermalisme représente une part essentielle de ma vie. Je connais très bien ce monde, à la fois par mes fonctions de médecin thermal d’une part et par mes responsabilités en tant qu’exploitante des Thermes de Chatel-Guyon d’autre part. Je me suis immédiatement passionnée pour cette thérapeutique naturelle, incontestablement efficace et sans effets secondaires. C’est une médecine précieuse, parce qu’elle s’adresse à des pathologies chroniques pour lesquelles il n’existe pas de médicaments curatifs. Par définition, une maladie chronique est une maladie que l’on ne sait pas guérir. La méconnaissance conduit encore trop de responsables de santé à douter de son efficacité.

Le travail de la profession thermale consiste, en partie, et depuis des années, à rétablir la vérité sur l’efficacité de cette thérapeutique. Une soixantaine d’études de SMR (Service Médical Rendu) ont été réalisées en une dizaine d’années. On reproche parfois à nos études de se limiter à des preuves d’amélioration de la qualité de vie, de la diminution des douleurs et des symptômes. Certains estiment que ce n’est pas assez scientifique ! Je pense au contraire que c’est fabuleux de parvenir à aider des personnes qui ont des maladies qu’on ne peut pas guérir, de les aider à mieux vivre en améliorant leur qualité de vie durablement.

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Que pensez-vous de l’évolution de la médecine thermale ?

Thérapeutique essentielle pendant la première moitié du XXème siècle, elle a connu de très belles années à partir de la création de la sécurité sociale en 1947. Mais la 2ème partie du XXème siècle est celle de la révolution thérapeutique où l’on pense que toutes les pathologies vont pouvoir être traitées par des médicaments et, à partir de 1980, on enregistre un désintérêt progressif pour le thermalisme. Citons par exemple les colites amibiennes qui, autrefois soignées en cures thermales, sont guéries grâce à la découverte d’un traitement de l’amibiase.

Cependant, dans les années 2000, le scandale sanitaire du Médiator, provoque la remise en question de certains médicaments dont les effets secondaires sont potentiellement graves, voire mortels, et relance l’intérêt pour cette thérapeutique naturelle, sans effet secondaire, dans le traitement des maladies chroniques. Ainsi, entre 2000 et 2020, le thermalisme a connu un fort regain d’intérêt. En 2020, lors de la pandémie de COVID-19, la fermeture des établissements thermaux entraine une baisse importante de la fréquentation. Depuis, la reprise est lente, sans doute pour des raisons économiques. De plus, la médecine thermale et sa prise en charge par les organismes sociaux sont régulièrement remis en question. Nous venons de sortir de la pire des ces attaques et il nous appartient, désormais, de faire en sorte que le traitement thermal prenne enfin une juste place, indiscutable, dans le parcours de soin des patients et dans l’histoire d’un certain nombre d’affections chroniques qui perturbent, parfois gravement  la vie de nombreuses personnes.

Quels sont les projets en cours au sein des différentes instances dans lesquelles vous êtes active ?

En Auvergne les instances thermales sont engagées dans des projets européens (ThermEcoWat et Greenspas) dont elles sont chefs de file, sur les thèmes de la transition écologique, l’adaptation au changement climatique et la gestion durable des ressources thermales.

Je voudrais citer aussi un projet dont nous attendons beaucoup. En Auvergne-Rhône-Alpes, dans le cadre du concept One Health de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), l’Université de Clermont-Ferrand, avec la collaboration de plusieurs laboratoires de recherche, travaille sur le projet ThermUSS, qui a un double intérêt. Celui de nous renseigner sur « la signature » des eaux. L’objectif est de comprendre leur spécificité, d’identifier le ou les le principe(s) actif(s) et d’en décrypter les mécanismes d’action sur l’organisme. Nous espérons que cette connaissance approfondie de la composition de l’eau thermale nous permettra de mieux comprendre pourquoi elle est un médicament. Le deuxième volet du projet est la préparation de la mise en place de la médecine préventive en complément de la médecine curative dans les stations.

La Prévention  médicale est une des pistes essentielles d’avenir du thermalisme.  Actuellement, la FTARA met en place, dans les stations  thermales d’Auvergne, sur ce thème, un concept original la Station Thermale de Pleine Santé, projet Villes-Thermes, Par ailleurs, l’AFRETh (appel à projet en cours) poursuit des études pour démontrer le SMR des cures thermales, ainsi que des études portant sur le volet médico-économique : il est essentiel d’apporter la preuve que la sécurité sociale, en investissant dans les cures thermales, réalise des économies en matière de consommations de soins (moins de consommation de médicaments, de soins hospitaliers et paramédicaux).

Enfin, un autre enjeu majeur est la validation de nos protocoles et études par la Haute Autorité de Santé (HAS). Travailler en lien étroit avec la HAS est aujourd’hui indispensable pour rendre nos travaux scientifiquement irréfutables.

Comment consolider la filière thermale en France ?

Au sein des grandes instances nationales du thermalisme, nous sommes convaincus que les stations thermales doivent devenir des villes de santé globale avec l’utilisation d’un savoir-faire médical et d’une organisation pour faire de la prévention, de l’éducation thérapeutique et de la rééducation fonctionnelle. Il nous faut innover sans renier les fondamentaux. Par ailleurs, il faut continuer à développer le volet touristique des stations, les centres thermoludiques et spas ainsi que les activités de bien-être.

Cependant, il ne faut pas entretenir de confusion : une station thermale est à la fois une destination thermale et une destination touristique. Dans le volet thermal, nous pratiquons thérapeutique et prévention. Et dans le volet touristique, les activités proposées relèvent du bien-être. Concernant la durée des cures, la prévention doit s’appuyer sur des séjours d’au moins 10 jours tandis que la thérapeutique sur des cures de trois semaines. Mais il sera intéressant d’étudier, en particulier pour la rhumatologie, des séjours courts de 15 jours.

JE REÇOIS LES ACTUS THERMALES

Nos lecteurs sont pour beaucoup des curistes fidèles, parfois inquiets de l’avenir du thermalisme en France. Si vous aviez un message à leur adresser aujourd’hui, quel serait-il ?

J’ai envie de dire aux curistes : Vous êtes la preuve clinique vivante de l’efficacité des cures thermales ! Devenez les ambassadeurs du thermalisme ! Parlez du bienfait des cures avec votre médecin, rappelez-lui qu’elles sont essentielles pour vous puisqu’elles vous permettent de réduire votre consommation de médicaments et d’améliorer durablement votre qualité de vie. Aussi, n’hésitez pas à témoigner également auprès de votre entourage et dans les associations de patients. Je leur dirais aussi que nous nous battons au quotidien pour défendre la médecine thermale et pour qu’elle puisse continuer à exister dans les mêmes conditions de prise en charge.


Source :

  • Entretien exclusif avec Danielle Faure-Imbert, le 6 janvier 2026
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