Personnalité thermale du mois : François Werner, vice-président de la région Grand Est

Par Julie Paysant / Publié le 1 juin 2026 à 15h30

François Werner, vice-président de la région Grand Est © Christen / Région Grand Est

François Werner, vice-président de la région Grand Est © Christen / Région Grand Est

Chaque mois, une personnalité du monde thermal, médical, politique, entrepreneurial ou culturel partage sa vision du thermalisme. En juin, rencontre avec François Werner (Les Républicains), vice-président de la région Grand Est, maire de Villers-lès-Nancy et vice-président de la Métropole du Grand Nancy.

Le thermalisme occupe une place importante dans la région Grand Est, notamment dans les Vosges et en Moselle. Des stations réputées comme Vittel, Contrexéville, Plombières-les-Bains, Amnéville ainsi que le récent complexe Nancy Thermal accueillent chaque année de nombreux curistes. La région compte au total 9 établissements thermaux* qui ont accueilli 35 145 curistes en 2025. Cela représente 7,5 % de la fréquentation thermale nationale. Les soins thermaux proposés concernent principalement les rhumatismes, les troubles digestifs et les problèmes circulatoires. Aujourd’hui, le thermalisme ne se limite plus aux cures médicales conventionnées : il s’ouvre également au bien-être et à la prévention.

L’Officiel du Thermalisme : C’est quoi pour vous le thermalisme et comment est-il entré dans votre vie ?

François Werner : Il est entré pleinement dans ma vie professionnelle avec le déploiement du projet Nancy Thermal, un projet bien sûr que je n’ai pas imaginé, mais auquel j’ai participé. Dans ma vie personnelle, le thermalisme est également bien ancré, car je le pratique dans une logique de bien-être et de courts séjours. Je n’ai pas le temps de faire une cure longue !

Nous sommes proches des frontières allemande et belge et sur notre territoire, l’approche de la cure thermale est très large. Elle a bien sûr une dimension conventionnée, mais elle est aussi très liée au bien-être et à la prévention. Dans l’Est, nous avons recours aux soins thermaux par culture, pour obtenir un véritable bien-être physique et préserver notre santé sur le long terme. Pour ma définition, je dirai que le thermalisme englobe l’ensemble des bienfaits des eaux thermales spécifiques.

JE LOCALISE MON CENTRE THERMAL

Pourquoi le rôle des régions en matière de santé est-il devenu incontournable ?

Je dirais plutôt prépondérant qu’incontournable ! Je m’explique : nous restons une collectivité qui vient en complément d’une politique de santé menée par l’État, mais aussi des actions conduites à l’échelle locale. Cependant, comme nous avons pu le constater dans les périodes type Covid, il n’y a pas de politique de santé efficace en France sans les communes. Le rôle de la région est de s’insérer au milieu de ce paysage.

Je pense que nous sommes attendus sur des sujets qui peuvent être des sujets nouveaux ou plus difficiles à appréhender avec une logique de proximité. Par exemple, la e-santé est un sujet que certains départements, comme la Meuse, ont pris à bras-le-corps, avec des résultats souvent très positifs. L’échelon régional est pertinent, il permet de développer, de faire des transferts de technologies et de réaliser des économies d’échelle.

Comment cela se concrétise dans le développement du thermalisme ?

Ce que je constate, c’est que les régions qui disposent d’établissements importants sont celles qui ont développé une véritable identité thermale. La région Auvergne-Rhône-Alpes est associée automatiquement au thermalisme, car il y a tout un travail sur ce sujet depuis de nombreuses années. Vous n’allez pas forcément penser tout de suite à une station, mais la région vous évoque spontanément le thermalisme. Il y a donc un réel intérêt à regrouper et à fédérer les stations dans une offre globale. Donc, c’est à ça que la Région sert, à mener des actions structurantes en faveur du tourisme thermal.

À quel niveau la Région Grand Est peut-elle intervenir pour soutenir le secteur du thermalisme ?

Je pense que c’est évidemment être présent dans des salons importants, comme les Thermalies. C’est aussi travailler à la construction d’une marque et d’une identité commune, tout en différenciant les avantages propres à chaque station. L’arrivée de Nancy Thermal est une vraie spécificité, une vraie complémentarité avec d’une part, les stations de grande taille, comme Amnéville, et d’autre part, avec les stations familiales, comme Niederbronn-les-Bains ou Vittel. Nancy propose une offre thermale urbaine, qui est probablement unique en France.

Pour Nancy Thermal, la région a participé à hauteur de 5 millions d’euros, ce qui était un effort évidemment très important. Et c’est également à cette occasion que la Fédération Thermale du Grand Est s’est réellement constituée et renforcée, en étant plus active. À travers le développement de Nancy, nous voulons développer l’image du Thermalisme dans le Grand Est. Dans les prochaines années, nous devons être capables de mieux nous regrouper et la région peut et doit y participer.

La région doit aussi développer les conditions d’accessibilité aux stations thermales, comme la rénovation aujourd’hui de la ligne ferroviaire (ligne 14) qui relie Nancy-Mirecourt-Vittel-Contrexéville. La région intervient aussi à certains niveaux sur l’action foncière et immobilière. Nous accompagnons actuellement le développement de l’offre hôtelière de la station de Vittel et la relance de la station de Plombières-les-Bains. Enfin, nous avons un œil sur la cartographie des formations des professionnels du thermalisme, et nous en développons certaines sur le territoire régional, notamment pour les agents thermaux.

En 2025, la fréquentation des curistes dans la région Grand Est a augmenté de 2,48 % par rapport à 2024. C’est l’évolution la plus importante en France** et c’est bien au-delà de l’évolution moyenne à l’échelle du pays qui est de -1,16 %. Comment expliquez-vous ce succès ?

C’est l’arrivée d’une nouvelle station thermale, en l’occurrence Nancy Thermal, qui explique cette hausse. Il faut aussi souligner que nos curistes dans la région Grand Est sont, pour beaucoup, des habitants de la région. Bernard Riac, directeur de Valvital, me disait récemment que notre région affiche, en cette période de l’année, de meilleurs chiffres de fréquentations comparativement à d’autres régions. Ceci s’explique par un nombre important de nouveaux curistes régionaux, désireux de découvrir, pour leur première cure thermale, l’établissement de Nancy Thermal ou d’autres établissements de la Région.

L’incertitude qui a plané sur le possible déremboursement des cures thermales impacte davantage les stations accueillant peu de curistes locaux. En effet, avec la nécessité de planifier le voyage et l’hébergement, les réservations de cure sont effectuées beaucoup plus en amont pour ces curistes vivant plus ou moins loin de la station thermale qu’ils ont choisi.

JE REÇOIS LES ACTUS THERMALES

Fin 2025, Franck Leroy, le président de la région Grand Est, a interpellé le Premier ministre avec dix autres présidents de région sur les conséquences pour les patients et les territoires du déremboursement des cures thermales envisagées dans le PLFSS 2026. Quelles sont vos actions aujourd’hui au sein de la région pour défendre avec encore plus de vivacité le thermalisme ?

Je pense qu’on ne défendra le thermalisme que par la réalité du résultat. C’est donc dans les études, dans la recherche thermale et dans le travail scientifique que repose la poursuite du remboursement. Actuellement, une étude menée par le CHU de Nancy (étude CovidTherm) évalue les effets du thermalisme sur les patients atteints de Covid long. S’il est démontré que le thermalisme fonctionne, il faut en tenir compte par rapport au rôle de prévention et de traitement, ici en l’occurrence, que cela peut avoir. Notre rôle est de soutenir la recherche scientifique et de défendre de thermalisme comme étant un élément de soin à part entière.

*Liste des établissements de la région Grand Est : Niederbronn-les-Bains, Bourbonne-les-Bains, Amnéville les Thermes, Nancy, Vittel, Plombières-les-Bains, Morsbronn-les-Bains, Bains-les-Bains et Contrexéville

**hors Île-de-France (progression de 15 % avec un accueil de curistes de 325 en 2025 contre 281 en 2024)


Sources :

  • Entretien exclusif avec François Werner, le 23 mai 2026
  • Communiqué de presse « Analyse de la fréquentation par région », CNETh, consulté le 18 mai 2026
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