Expert du mois : Dr Michel Duprat, président du Syndicat national des médecins thermaux (SNMTh) nous expose la problématique de la pénurie de médecins thermaux en France

Par Julie Paysant / Publié le 19 février 2026 à 09h00

Dr Michel Duprat, président du Syndicat national des médecins thermaux (SNMTh)

Chaque mois, une personnalité du monde médical nous apporte son éclairage sur une actualité ou une problématique liée au thermalisme. En février, le Dr Michel Duprat, médecin thermal à Dax et président du Syndicat national des médecins thermaux (SNMTh) dresse un constat, et des pistes de réflexion, sur le sujet de la pénurie des médecins thermaux.

Le SNMTh est le seul syndicat médical qui représente les médecins thermaux, qu’ils soient généralistes ou spécialistes. Il joue un rôle de représentation, de proposition et de défense de la profession. Aujourd’hui, le syndicat s’inquiète de l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2026, de la convention médicale signée en 2024. Ce nouvel accord est extrêmement défavorable pour la profession, et constitue un obstacle majeur à l’installation de nouveaux médecins thermaux. Il prévoit notamment une rémunération des consultations inférieure à celles d’autres disciplines médicales : 28 euros en médecine thermale, contre 30 euros pour la médecine générale et entre 32 et 34 euros pour les spécialités.

Que savoir sur la pénurie de médecins thermaux ?

Le déficit national de médecins thermaux est aujourd’hui estimé entre 10 et 20 % des effectifs, sur un total de 650 médecins thermaux. Parmi eux, 50 % exercent la médecine thermale de manière exclusive, tandis que les autres la pratiquent en complément d’une autre activité médicale. Or, pour que la cure thermale soit remboursée le recours à un médecin thermal est obligatoire. En début de cure, le médecin thermal établit le programme de soins en tenant compte des indications et contre-indications. Puis, il réalise un suivi médical rigoureux du curiste. Nous sommes les garants de la santé de nos curistes pendant les trois semaines de cure conventionnée !

Pour convaincre de s’engager dans la voie du thermalisme, les actions du syndicat sont multiples. Nous travaillons sur la question du salariat et de la défense des droits liés à la rémunération. La saisonnalité de la pratique de la médecine thermale est aussi un frein pour attirer de nouveaux médecins thermaux. Pour diminuer ces contraintes liées à la saisonnalité, nous devons trouver des compensations intéressantes et attractives. Les compensations sont d’abord d’ordre financier (et ce n’est plus le cas), mais aussi en termes de liberté d’organisation et de souplesse au niveau de l’agenda. Le travail en période de vacances n’est plus attractif, et la saison thermale englobe 3 mois d’été. D’où le salariat et ses droits…

Sans médecin, le thermalisme médical et social ne peut tout simplement pas exister. Nous sommes la caution et la sécurité sociale du thermalisme. Pour redonner de l’attractivité à l’exercice de la médecine thermale, nous travaillons aussi sur les possibilités d’élargissement des offres de soins avec, par exemple, la prise en charge de nouvelles pathologies comme l’endométriose, la réhabilitation post-cancer ou encore les problèmes de l’équilibre et la prévention des chutes.

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Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui ne trouvent pas de médecin pour leur prescrire une cure conventionnée ?

C’est une question assez difficile et cela va dépendre de chaque situation. Les médecins exerçant en stations doivent être capables de prendre en charge des gens qui arrivent avec une prise en charge remplie par un médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste. Si la prescription est difficile ou impossible à obtenir, ce qui est de plus en plus le cas, le curiste peut se rapprocher de son établissement thermal et l’interroger sur la possibilité d’obtenir une prescription auprès du médecin thermal. À titre exceptionnel, le médecin thermal pourra déposer une demande de prise en charge de cure. Toutefois, le syndicat est extrêmement réservé face à cette situation, car un médecin ne peut pas être donateur et prescripteur dans ce domaine.

Selon votre point de vue, devons-nous être optimistes ou pessimistes ?

Les médecins thermaux non reconnus à leur juste valeur et les difficultés pour les curistes de trouver un prescripteur sont des signaux qui ne sont pas très positifs. Cependant, il faut rester optimiste. Je considère que la médecine thermale est moderne, elle répond aux besoins de notre société en prenant notamment soin des personnes âgées et/ou de celles et ceux qui souffrent de pathologies chroniques.

Autre point positif : l’approche globale du thermalisme avec l’apport d’un mieux-être physique et psychique, et une intégration sociale qui est de meilleure qualité. Je parle souvent de « thermalisme 2.0 » ou de « cure thermale 3.0 », c’est-à-dire qu’il faut dépasser le modèle centré sur les soins et y intégrer davantage de programmes d’éducation, de programmes d’activités physiques et de modules d’informations.

Il y a un avenir, mais cet avenir n’est pas simple… Depuis les années 2000 et les tentatives successives de déremboursement partiel des cures thermales par les autorités politiques, l’AFRETh (l’Association française pour la recherche thermale) a démontré l’efficacité des cures thermales pour la majeure partie des orientations thérapeutiques les plus importantes. Le défi consiste désormais à approfondir les enquêtes médico-économiques, qui n’ont pas encore atteint le niveau que l’on peut espérer.

C’est une médecine avec une rentabilité colossale : les estimations avancent qu’un euro investi en médecine thermale, c’est 3,40 euros de coût évité pour le système de santé. Ces enquêtes sont cependant très complexes à réaliser, car les données de santé sont difficilement accessibles. Nous avons quelques chiffres, mais ils ne passent pas les fourches caudines de l’évaluation telle qu’on la conçoit. Avec le temps, nous devrons tous intégrer une évidence : le thermalisme est synonyme de qualité de vie !

JE REÇOIS LES ACTUS THERMALES

Source : Entretien exclusif avec Michel Duprat, le 21 janvier 2026

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