Personnalité thermale du mois : Karine Dubourg, directrice adjointe et responsable de la recherche à l’Institut du Thermalisme de Dax
Chaque mois, une personnalité du monde thermal, médical, politique, entrepreneurial ou culturel, nous raconte son lien avec le thermalisme. En mars, c’est Karine Dubourg, directrice adjointe de l’Institut du Thermalisme de Dax qui partage avec nous sa vision du thermalisme d’aujourd’hui et de demain. Entretien.
Docteure en pharmacie, diplômée de l’université de Bordeaux, Karine Dubourg a complété son parcours par un master dans le domaine de l’eau et la santé. Après une première expérience en pharmacie d’officine, une opportunité professionnelle se présente au début des années 2000 : rejoindre l’Institut du Thermalisme, alors constitué sous forme associative.
Aux côtés de deux collègues et sous la supervision du Pr Cang, c’est le début de l’aventure de la structuration scientifique et universitaire de l’Institut du Thermalisme. Aujourd’hui, cette structure unique en France compte désormais 14 collaborateurs et s’étend sur une surface de 1800 m2, comprenant des salles d’enseignement, un amphithéâtre, des laboratoires de recherche, une plateforme technologique et une bibliothèque universitaire.
L’Officiel du Thermalisme : Qu’est-ce qui vous motive dans votre travail ?
Karine Dubourg : Ce qui me motive et qui m’intéresse, c’est l’approche holistique de la médecine thermale. C’est une prise en charge pluridisciplinaire des curistes. Les curistes veulent se soigner différemment, prendre le temps pour aller mieux. Dans les mois post-cure, ils ont moins de douleurs et consomment moins de médicaments.
Les enquêtes qualitatives que nous menons nous révèlent que la cure est une véritable parenthèse pour eux, un moment suspendu où l’on s’occupe d’eux. Les curistes se retrouvent dans une même unité de lieu, une même unité de temps, avec des patients qui ont la même pathologie. Ils vont profiter de ce temps pour partager leurs expériences, bénéficier des bienfaits des soins thermaux, mais aussi mettre en place de nouvelles habitudes (activité physique adaptée [APA], nutrition, sommeil) renforçant leur santé et leur bien-être. N’oublions pas que les curistes sont très réceptifs aux messages de santé publique qui leur sont transmis.
Quelles sont les missions d’enseignement de l’Institut du Thermalisme de Dax ?
Chaque année, nous accueillons à peu près une centaine d’étudiants. Pour les bacheliers, nous proposons la formation pratique des soins en hydrothérapie. Ce diplôme national d’hydrothérapeute permet d’exercer en établissements thermaux ou de thalassothérapie.
Nous proposons aussi trois licences professionnelles accessibles à partir de Bac+2 : technicien sanitaire des réseaux d’eau, manager en balnéothérapie et spa manager ou assistant spa manager. Nous avons également une formation pour les chargés de projet en santé, prévention, nutrition et nous accueillons les étudiants de première année du parcours PASS (parcours d’accès spécifique santé).
Enfin, nous délivrons un diplôme interuniversitaire (DIU) de pratique médicale en station thermale. Ce DIU est délivré avec d’autres universités partenaires, dont l’Université de Nancy, de Montpellier, de Toulouse et de Clermont-Ferrand. Nous mutualisons tous nos enseignements et au niveau national, nous avons une cinquantaine d’étudiants médecins formés chaque année.
Et en matière de recherche ?
L’Institut est spécialisé dans la recherche appliquée relative à la gestion du risque sanitaire des eaux thermales et des boues thermales. Nous travaillons actuellement au projet européen SUDOE (programme de coopération territoriale de l’espace sud-ouest européen) à travers le programme AQUAPRED. Il s’agit de créer un outil d’Intelligence Artificielle de prévention et de gestion des eaux minérales naturelles ou eaux thermales. Des tests sont réalisés dans la piscine expérimentale de l’Institut du Thermalisme et des pilotes sont implantés sur le terrain, notamment aux Thermes de Saubusse et à la résidence Les Thermes à Dax.
Vous êtes au cœur de l’enseignement de la médecine thermale. Quels sont les profils des nouveaux médecins thermaux ?
Parmi nos étudiants, nous retrouvons de plus en plus de jeunes médecins, notamment des internes. En parallèle, nous formons des praticiens en seconde partie de carrière, souvent autour de 50-55 ans. Ils ont la volonté de quitter la médecine d’urgence, ou toutes formes d’autres médecines qui vont vite.
La mise en place progressive du salariat des médecins thermaux dans les établissements thermaux est un levier important pour encourager ces professionnels de santé à se lancer dans cette voie. Certains jeunes médecins souhaitent aller exercer une ou deux saisons dans des stations thermales pour découvrir une région et ses activités. Beaucoup de nouveaux médecins sont très mobiles et ils n’ont pas pour ambition de s’ancrer dans un lieu géographique tout au long de leur carrière. C’est une tendance sociétale à laquelle la médecine n’échappe pas !
Quelle est votre vision du thermalisme de demain ?
Je suis attachée au maintien du format de cure conventionnée de trois semaines. Cependant, il est peut-être nécessaire d’apporter des ajustements pour personnaliser davantage l’accueil et la prise en charge des curistes. Après mes discussions avec le Pr Rocques et le Pr Bauduer, je dirais qu’une cure thermale doit se dérouler au moins sur deux semaines pour être efficace. Donc, peut-être imaginer des formats de cure de deux semaines. Pourquoi pas développer aussi des formats de cure de quatre semaines ? Notamment pour des patients qui auront eu une hospitalisation compliquée et/ou qui seront allés dans un SSR (soins de suite et de réadaptation). Avant le retour à la maison, il serait judicieux de réaliser un séjour en cure thermale.
Au-delà des formats, je pense qu’il faut intégrer davantage de prévention, de programmes d’éducation à la santé. L’établissement thermal s’inscrira en lieu de santé publique. Nous devons conserver l’aspect bien-être, mais ce n’est pas sur cela que doivent porter toutes les ambitions. Enfin, sur la partie communication, les professionnels du thermalisme doivent poursuivre les efforts afin de donner une vision positive et moderne du thermalisme. Il nous faut redorer le blason des établissements thermaux !
Source : Entretien exclusif avec Karine Dubourg, le 3 mars 2026
Crédit photo : Arthur Péquin















2 commentaires
Félicitations et merci pour votre investissement au sein de de l institut .
Un institut pertinent aux actions qualitatives pas assez connu pour ses formations ; bien regrettable !